Notre-Dame de Délivrance
(Quintin)
La Vierge couronnée
(Basilique N.D. de Délivrance à Quintin)
Histoire sommaire de Quintin
Quintin faisait partie, au Moyen-âge, du fief important de la Baronnie d'Avaugour qui fut démembré en 1209 en faveur de Geoffroy Botherel, fils cadet d'Alain, Comte de Penthièvre et Goëllo. Geoffroy s'établit finalement sur l'emplacement de la ville actuelle, à l'endroit où la voie romaine de Carhaix à Alet (Saint-Servan) franchit le Gouët.
La ville semble avoir été à l'origine un marché, protégé par le château. Ici se faisaient les échanges entre paysans-éleveurs du pays bretonnant tout proche, acheteurs de bestiaux du pays gallo et normand, marchands d'objets de cuivre, d'étain ou de terre.
Des Botherel, le fief de Quintin passa aux du Perrier, aux protestants Coligny, et Gouyon de la Moussaye, enfin aux Choiseul-Praslin, Nédonchel, Calonne de Courte-bourne et au propriétaire actuel Frotier de Bagneux.
Deux fois Quintin fut assiégée et pillée à la fin des guerres entre le Duché et le Roi de France, puis à la fin des guerres de la Ligue.
Quintin était l'une des quarante-deux villes députant aux États de Bretagne. Connue depuis longtemps pour sa fabrication de toiles fines servant à faire des coiffes, des cols et des manchettes, elle prit une grande importance aux XVIIe et XVIIIe siècles, grâce à l'industrie des "toiles de Bretagne", destinées à l'exportation vers les colonies américaines d'Espagne. Comme argument en faveur de sa candidature au choix de chef-lieu du département nouvellement créé, Quintin évaluait en 1789 à 30 000 le nombre de tisserands qui y apportaient leurs toiles, et sa population dépassait 5000 âmes.
La révolution amena la ruine des toiliers. On réussit jusqu'en 1870 à assurer du travail à nombre de tisserands. Le dernier métier travailla jusqu'en 1914.
Quintin reste pourtant un marché régional, un centre scolaire bien vivant et un centre touristique.
D'après le lieutenant-colonel Henri Huerre "Quintin d'hier et d'aujourd'hui". 1956.
Relique de la ceinture - Origine
Au commencement du Ve siècle, le culte des reliques de la Sainte Vierge apparaît avec éclat dans l'église, comme une pratique consacrée par la tradition. Entre tous les objets qui avaient appartenu à la Mère de Dieu, la piété populaire semble distinguer ses ceintures. Quelques unes ont passé de Jérusalem à Constantinople, et plus tard en Occident, où les plus illustres sanctuaires se sont fait gloire d'en posséder les moindres morceaux : Aix-la-Chapelle, Bruges, Le Puy-Notre-Dame...
Quoi qu'il en soit, Henri d'Avaugour, Comte de Goëllo, et son frère Geoffroy Botherel, seigneur de Quintin, prirent la croix et partirent ensemble pour la Terre-Sainte, sous la conduite du roi Saint Louis (1248). Croisade malheureuse !
Les deux frères n'échappèrent à la mort que par une protection particulière de Saint François d'Assise. Serré de près par les Sarrasins, Henri d'Avaugour fit le vœu de fonder un couvent de Frères mineurs dans son palais de Dinan et de s'y consacrer lui-même au service de Dieu, s'il revenait sain et sauf : ce qui se réalisa en 1251 ; et vers 1278 il embrassa la règle monastique.
Quand Geoffroy Botherel reprit la route de l'Occident, il rapportait avec lui une ceinture de Marie comme récompense de ses services.
Il la tenait sans doute du Patriarche de Jérusalem, Robert de Saintonge qui, ancien évêque de Nantes, compagnon d'Henri d'Avaugour dans une précédente croisade et persécuté comme lui par le Duc de Bretagne Pierre Mauclerc, ne pouvait manquer d'être libéral des richesses de son église en faveur d'un chevalier breton de ses amis.
De retour dans son pays, Geoffroy Botherel déposa son précieux trésor dans la chapelle de son château de Quintin. Cette origine est attestée par des actes authentiques conservés jusqu'à l'incendie de 1600, dans le trésor de la collégiale de Quintin.
Ajoutons que le pieux Croisé, éclairé sur les vanités du monde, se retira dans le couvent des Cordeliers de Dinan, fondé par son frère. Quelques années plus tard, ils y furent inhumés.
La dévotion du passé
L'arrivée de la ceinture de la Vierge à Quintin n'avait pu manquer d'être un évènement où la foi était si vivante.
Elle fut déposée d'abord dans la modeste chapelle du château.
Mais vers la fin du XIVe siècle, le dernier des Botherel, Geoffroy V et sa femme Béatrix de Thouars construisirent une église plus vaste près de leur château.
En 1405, une bulle du pape Benoît XIII transforma en collégiale l'église castrale.
Elle fut ensuite agrandie, remaniée, sans grand souci d'unité : Elle subsista jusqu'en 1879. Elle fut desservie d'abord par un collège de cinq chapelains et plus tard par un Chapitre de douze chanoines, aidés de six enfants de chœur.
C'est dans ce cadre que se développa spontanément la dévotion de Notre-Dame de Délivrance. Les femmes enceintes prirent l'habitude de demander à cette précieuse relique une protection contre les périls de la maternité. Des grâces nombreuses encouragèrent cette dévotion et la renommée de la sainte ceinture se répandit dans toute la Bretagne.
Des pèlerins de marque tinrent à la vénérer à l'égal des mamans.
Au XIIIe siècle, le grand saint breton Saint Yves, avec un groupe de ses paroissiens de Louannec, vint s'agenouiller dans la modeste chapelle dont G. Botherel avait fait comme le reliquaire de la ceinture de Marie.
Plus tard, on construisit, en souvenir de ce pèlerinage, une chapelle près de la rue des Degrés, qui existe toujours.
En 1418, le grand saint espagnol, saint Vincent Ferrier s'arrêta à Quintin, évangélisa le peuple et vénéra la relique de la Vierge.
On sait que la bienheureuse Françoise d'Amboise, duchesse de Bretagne, sollicita de Tristan du Perier, Comte de Quintin, et du Chapitre de Notre-Dame une petite portion de cette relique vénérée.
Elle fut exaucée vers 1451.
La relique
Comment dans le passé se présentait la relique ? Elle était toujours recouverte de deux ou trois enveloppes d'étoffe précieuse, qu'on appelait ses "tuniques" et renfermée dans un coffret d'argent, fermé à clef. Ce reliquaire était déposé lui-même dans un coffre bardé de fer, à la garde du chanoine sacristain.
Toutes les fois que les futures mamans demandaient la ceinture, un prêtre la sortait avec respect du reliquaire et la portait aux pieuses clientes de Marie, qui la gardaient sur elles durant le saint sacrifice qu'elles faisaient offrir pour leur heureuse délivrance. En cas de danger grave, au moment de l'enfantement, il arrivait qu'on la portât à domicile. Aussi les chanoines de la collégiale faisaient de fréquents voyages pour la porter dans maintes régions de la Bretagne.
Ce n'était pas assez pour le peuple de Quintin.
A l'entrée de la collégiale, il y avait un porche. Au centre, on y plaça une statue de Notre-Dame, qui tout naturellement devint Notre-Dame de Délivrance. En entrant dans l'église et en sortant, on ne manquait jamais de s'arrêter pour y faire des dévotions (Cet usage est toujours pratiqué).
Le premier argent que gagnait un apprenti, la première pièce de monnaie qu'un marchand recevait au début de la semaine, étaient jetés en hommage dans le tronc.
Quand une jeune fille avait filé sa première quenouille, elle en faisait don à Notre-Dame de Délivrance et la déposait à ses pieds, comme humbles prémices des travaux de toute sa vie.
L'incendie du 8 janvier 1600
Le respect dont fut toujours entourée la relique de la ceinture, la foi qu'elle suscita au cours des siècles, les dangers auxquels elle échappa sont déjà une garantie d'authenticité (Vol de coffres en 1565 et 1902 : Dans les deux cas la ceinture fut épargnée).
Autre miracle : Le samedi 8 janvier 1600, le chanoine sacristain Jacques Rault vint coucher, comme à l'ordinaire, à la trésorerie, au-dessus de la sacristie.
Vers 11 heures du soir, le cri "Au feu" retentit dans la ville. Des flammes s'échappaient de la toiture de la sacristie...
On l'enfonce... Trop tard, le sacristain était mort. Tout flambait. Impossible d'arrêter l'incendie. Calices, ostensoirs, reliquaire, tout était détruit. Quintin avait perdu son trésor !
On ne pouvait humainement conserver aucun espoir : Plusieurs jours durant, le feu s'acharna sur les ruines.
Le 18 janvier, le clerc tonsuré Julien Pichon est occupé à remuer les cendres et enlever les décombres. Tout à coup, il pousse un cri et appelle son oncle, dom Charles Pichon, le nouveau sacristain. La ceinture est là, au milieu des charbons encore fumants, intacte et seulement roussie à l'une de ses extrémités. Miracle manifeste ! (CF. Les toiles marouflées de Dauban dans l'abside)
Le lendemain toute la ville en liesse participa à une grande procession.
En 1611, Mgr Melchior de Marconnay, évêque de Saint Brieuc, fit ouvrir sur cet évènement une enquête minutieuses dont les pièces originales existent toujours dans les archives paroissiales.
Ordonnance de Louis XIII
Nous avons dit que la relique de la ceinture était parfois portée à domicile. Il arriva qu'un zèle indiscret et de coupables larcins la réduisent un peu plus chaque jour. L'évêque de Saint Brieuc s'alarma et ordonna qu'elle ne quitterait plus la collégiale.
De son côté, le roi Louis XIII, écrivait à son Sénéchal de Goëllo de veiller à l'exécution de l'ordonnance épiscopale : "Il est de votre devoir, disait le pieux monarque, d'employer votre autorité à la conservation d'une si précieuse relique et de mettre ordre à ce qu'elle soit gardée avec le respect et l'honneur qui lui sont dus". (Ordonnance du 12 avril 1641)
C'est depuis cette époque que l'on prit l'habitude, comme compensation, d'envoyer aux mères chrétiennes des rubans bénits, mis en contact avec la relique.
Révolution de 1789
En 1790, le porche de la collégiale fut dévasté, les statues renversées et vendues, les sculptures mutilées. La châsse d'argent qui contenait la ceinture fut envoyée au creuset ; mais la relique fut sauvée, comme la tête de la statue de Notre-Dame et une partie des archives capitulaires.
Le vœu de 1871
Basilique Notre-Dame de Délivrance à Quintin
Au cours de la guerre entre la France et la Prusse, la population de Quintin, guidée par le Curé A. Guillemot, se mit sous la protection de Notre-Dame et promit d'offrir un nouveau reliquaire pour la ceinture de la Vierge. Réalisé en vermeil, ce reliquaire fut béni par l'évêque du diocèse en 1873. Le jour du pardon, il est porté en procession avec la statue lamée d'argent, offerte en 1875.
État actuel
La relique de la ceinture se présente actuellement sous la forme d'un tissu réticulé, d'un réseau léger, à mailles inégales de fils de lin gris d'une longueur de 8 cm et de largeur moindre.
Elle est conservée dans un splendide médaillon en or ciselé, orné de pierres précieuses.
Basilique Notre-Dame de Délivrance
La vieille collégiale a fait place à une très belle église néo-gothique construite de 1883 à 1887. Longueur 67 m, large de 27 m. Cette église, dont le clocher fulmine à 62 m, a les dimensions et la splendeur d'une cathédrale. Consacrée en 1930, elle fut érigée en 1933 en Basilique mineure. En 1934, la statue vénérable de Notre-Dame de Délivrance fut couronnée au cours d'une fête inoubliable, par Mgr Serrand, évêque du diocèse.
Les richesses d'art ancien furent sans doute dispersées à une époque qui les appréciait peu et c'est infiniment dommage.
Au cours de la visite, on peut remarquer les fonts baptismaux (Cuve en pierre du XIVe siècle) couvercle en bois dessiné par Jeanne Malivel, les gisants de Jean II et Geoffroy III (XIVe siècle), les statues de Saint Jean-Baptiste et de Sainte Marie Madeleine, la chaire du XVIIIe siècle. Dans l'abside, les toiles marouflées de Dauban relatant l'histoire de la ceinture, et le Christ en chêne, porté à la procession de Vendredi Saint (Œuvre de Ch. P. Fouloneau).
Au moment de la guerre 1939-1945, les mobilisés et prisonniers de guerre de Quintin firent encore appel à l'aide de la Vierge. Ce sont leurs offrandes qui ont permis la mise en place de la grande verrière du transept nord. Elle représente le couronnement de la Vierge au Ciel et, en parallèle, celui de Notre-Dame de Délivrance en 1934. Autour du sujet central sont représentés les saints particulièrement honorés à Quintin ainsi que les blasons des familles et des métiers exercés dans la ville.
La dévotion contemporaine
C'est dans ce vaste édifice que les pèlerins viennent en foule vénérer la précieuse ceinture de la Vierge pendant toute l'année, particulièrement le jour du grand pardon, fixé le deuxième dimanche de mai.
Quant à ceux qui ne peuvent se déplacer, ils ont toute facilité pour se procurer des ceintures bénites : Elles portent, avec le cachet de Notre-Dame l'attestation qu'elles ont été bénites et mises en contact avec la relique.
Ces rubans de coton ont 1 m 20 de long sur 2 cm de large environ. Ils se portent en sautoir, à la manière d'un scapulaire ou de toute autre manière commode.
Évidemment ce ne sont pas des "rubans miraculeux", ni des talismans qui agissent par eux-mêmes, toujours à coup sûr. Mais une piété éclairée, faite de foi et de confiance, y voit une dévotion saine et excellent à l'égard de Marie analogue à celle du scapulaire.
Les futures mamans ont sont les principales bénéficiaires. Mais les autres fidèles y ont recours aussi avec confiance dans les dangers du corps et de l'âme.
Un témoignage d'académicien
Paul Claudel, ancien ambassadeur, académicien (1946) écrivait de Prague, en 1911, à son ami Jacques Rivière, qui lui annonçait sa joie d'être bientôt père pour la première fois.
"Dans ma famille, toutes les femmes dans cette position demandent un ruban bénit dans un couvent de Bretagne dont je puis vous donner l'adresse, elles n'ont jamais eu d'accident".
Pour les rubans bénits ainsi que les objets de piété, médailles, chapelets... s'adresser au presbytère.
En sortant de la basilique, à droite sur le parking, square Chanoine Blanchet.
Texte de F. Potier ancien curé de Quintin Reproduction : J.Y. Rossignol 2004
(Basilique N.D. de Délivrance à Quintin)
En savoir plus : https://lalumierededieu.blogspot.com/2020/06/quintin-basilique-notre-dame-de.html



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