Notre-Dame d'Annecy

Notre-Dame d'Annecy

Notre-Dame d'Annecy


Le diocèse d'Annecy, mieux partagé que celui de Chambéry, compte plus de seize beaux sanctuaires en l'honneur de la sainte Vierge.

Le premier est Notre-Dame de Liesse, à Annecy.

Selon la tradition recueillie par Abelly, évêque de Rodez, cette église fut bâtie par saint Georges, qui fut d'abord premier apôtre d'Annecy et plus tard évêque du Puy-en-Velay ; d'où vint probablement à cette dernière ville le nom latin d'Anicium, comme si elle était une autre Annecy.

Ce sanctuaire de la Mère de Dieu apporta tant de bonheur aux habitants d'Annecy, leur valut tant de grâces, qu'ils en appelèrent la Vierge Notre-Dame de Liesse, en latin causa nostrœ lœtitiœ.

Les étrangers, jaloux de partager ce bonheur, y vinrent en pèlerinage, et y versèrent de nombreuses offrandes.

On en employa le produit à bâtir, à côté de la chapelle, un hôpital qu'on nomma l'Hôtel de la Mère de Dieu, qui s'appelle encore aujourd'hui l'hospice Notre-Dame, et qui, dès le treizième siècle, servait d'asile aux voyageurs indigents.

Dans le cours des temps, cette maison prit de grandes proportions, et devint le refuge de toutes les infirmités.

On y recueillait les enfants trouvés ; on y entretenait pendant de longues années, pour tout le temps de leurs études, neuf jeunes étudiants choisis dans les familles pauvres.

Vers le milieu du quatorzième siècle, Amédée III, comte de Genevois, restaura la chapelle en lui donnant la forme d'une église à trois nefs, et y fut inhumé, en 1367, dans le tombeau qu'il s'y était préparé.

En 1412, un affreux incendie qui consuma la ville d'Annecy, ayant réduit en cendres l'église et l'hôpital, les fidèles se portèrent, avec un véritable enthousiasme, à la reconstruction de ces deux édifices, encouragés par une bulle d'Eugène IV, lequel, sur la demande du duc de Savoie et en considération des nombreux miracles opérés en ce lieu, accordait une indulgence plénière pour l'heure de la mort à quiconque y travaillerait ou ferait travailler vingt jours si l'on était très-riche, dix jours si on l'était moins, six jours si on était d'une classe inférieure.

La principale partie de Notre-Dame de Liesse a disparu ; mais son antique clocher, le plus beau de la Savoie, semble être resté debout jusqu'à nos jours, comme un témoin de la foi de nos pères et de leur piété envers Marie.

Dès l'an 1395, Clément VII avait érigé l'église Notre-Dame en collégiale insigne, et y avait établi un chapitre composé de douze chanoines, de douze bénéficiers et de six enfants de chœur, avec un maître de musique, tant pour chanter sept fois le jour les louanges de Marie, que pour recevoir les pèlerins.

En même temps, le Saint Siège avait uni à ce chapitre le décanat d'Annecy, dignité qui conférait au chef du chapitre le titre de doyen avec juridiction sur quatre-vingt-seize paroisses, sans compter qu'il était le premier administrateur de l'hôpital et du collège et le premier chapelain des ducs de Genevois et de Nemours.

À ces faveurs, le Saint-Siège ajouta la grâce d'un jubilé tous ses sept ans, qu'on appelait les grands pardons.

Ce jubilé s'ouvrait le 6 septembre au soleil couché, se fermait le 9 au soir ; et, pendant ces trois jours, les solennités étaient magnifiques, le concours prodigieux.

Le chapitre de la cathédrale, les Capucins, les Dominicains, les Barnabites, les prêtres du clergé séculier, tous se réunissaient à la collégiale de Notre-Dame pour embellir la fête, prêcher, confesser et donner la communion.

Il s'y trouvait habituellement de vingt cinq à trente mille pèlerins ; à défaut d'églises, on les confessait le long des rues, et on y employait la nuit comme le jour.

Pendant les grands pardons de 1535, un enfant mort-né de deux jours, apporté aux pieds de la sainte image, y recouvra la vie devant un monde infini, dit l'historien ; il fut baptisé, et toutes les cloches de la ville, ajoute-t-il, sonnèrent pour annoncer ce miracle.

Notre-Dame de Liesse n'eut point de serviteurs plus assidus et plus dévoués que les princes et les seigneurs du pays.

Plusieurs comtes de Genevois voulurent être enterrés près de l'autel, comme pour assister à ces fêtes du fond de leur tombeau et reposer sous sa protection.

Anne d'Este y fonda une messe pour le premier lundi de chaque mois, avec le chant de l'absoute tous les dimanches sur la tombe des princes de sa maison ; et Jeanne-Marie de Savoie-Nemours y fonda un service funèbre pour ces mêmes princes, le 15 mars de chaque année.

Pénétrée de la même vénération que ces princes, la ville d'Annecy, lorsqu'elle fut menacée de la peste en 1130, vint à Notre-Dame de Liesse faire un vœu à saint Sébastien pour obtenir l'éloignement du fléau, et la peste cessa aussitôt.

En 1711, lorsqu'elle se vit sur le point d'être détruite par une inondation de son lac, elle vint prier devant l'autel Notre-Dame ; l'évêque y offrit le Saint Sacrifice ; et les eaux se retirèrent.

Ce fut devant ce même autel que la comtesse de Sales pria avec tant de ferveur pour Saint François de Sales qu'elle portant dans son sein ; ce fut là que fut déposé le Saint Suaire, apporté de Chambéry vers ce même temps ; ce fut là que, le 8 septembre 1594, saint François de Sales vint recommander à Marie la mission du Chablais ; là qu'il aima toujours dans la suite à venir prier et dire la sainte messe ; là qu'une blanche colombe apparut sur sa tête pendant le saint sacrifice ; ce fut là que sainte Chantal vint, en 1610, consacrer à Marie son ordre naissant, et que par ses instances fut célébrée solennellement, pour la première fois, la fête de l'Immaculée-Conception dans le diocèse d'Annecy.  

93 fit d'une église consacrée par tant de souvenirs le temple de la déesse Raison, après avoir renversé un tiers de l'édifice avec sa flèche et ses tourelles.

Mais, en 1821, Notre-Dame fut érigée en église paroissiale ; en 1834, Mgr Rey, de si vénérable mémoire, y établit les exercices solennels du mois de Marie, et les continua pendant huit ans.

En 1845, la ville, ne pouvant plus supporter l'état de dégradation où la Révolution avait réduit ce sanctuaire de Marie, le reconstruisit selon l'ordre corinthien, et en fit une grande et magnifique église, la plus spacieuse, comme une des plus belles dans cet ordre d'architecture que possède la Savoie.

Enfin, en 1853, on y éleva un autel spécial de Notre-Dame de Liesse, œuvre achevée de piété et de goût.

Au centre de cet autel, est la Vierge avec l'Enfant Jésus dans ses bras, comme motif de notre joie et de notre espérance : causa nostrœ lœtitiœ ; au-dessus, est un dôme magnifique, que supportent huit colonnes corinthiennes ; à droite saint Joachim, à gauche sainte Anne ; au-dessous, à droite, saint Joseph, à gauche saint Jean, frère aîné des chrétiens dans la famille spirituelle de Marie.

Les bas-reliefs représentent les mystères joyeux, et l'autel tout entier est surmonté des statues de la sainte Trinité couronnant Marie dans le ciel.

Au-dessous de ces groupes divers, on lit en grandes lettres d'or : Notre-Dame de Liesse, priez pour nous ; et autour du trône de Notre-Dame : Ils m'ont choisie pour gardienne de leur ville : Posuerunt me custodem civitatis.

Les murs du sanctuaire sont couverts de peintures à fresque, représentant les mystères glorieux ; et l'Assomption peinte à la Voûte domine ce bel ensemble. 

Ce fut le 8 décembre 1854, le jour même où se promulguait à Rome le dogme de l'Immaculée-Conception, que, devant les fidèles de toute la ville pressés dans l'église, furent solennellement inaugurés cet autel et ce sanctuaire, et qu'en même temps se renoua l'antique alliance des habitants d'Annecy avec la Mère de Dieu.

« O Marie, reine du ciel, s'écria, au milieu du silence et de l'émotion générale, le prédicateur interprète des sentiments de tous, vous que nos ancêtres appelèrent toujours leur dame, leur souveraine et la cause de leur joie, nous voici tous prosternés à vos pieds pour renouveler cette alliance toute spéciale qu'ils contractèrent avec vous, et reconnaître solennellement les titres de Notre-Dame d'Annecy et de Notre-Dame de Liesse qu'ils vous donnèrent dès les temps les plus reculés. Nous n'avons tous qu'un cœur et qu'une âme, pour vous promettre que nous aurons toujours pour vous les sentiments de respect, de confiance et d'amour, qui battirent dans le cœur de nos pères ; et nous vous consacrons cette ville qu'ils vous avaient dédiée, toutes les familles qui la composent et tous les membres de ces familles. Daignez avoir pour agréable cet acte solennel, afin qu'en vous servant comme nos ancêtres, nous recevions comme eux toutes vos grâces.

Un chœur de plus de trois cents voix redit les mêmes sentiments dans un cantique, dont près de cinq mille âmes redisaient le refrain touchant :
Toujours, toujours tu seras notre mère,
Toujours, toujours tu seras nos amours.

En 1855, Pie IX accorda plusieurs indulgences à cette célèbre église, l'évêque d'Annecy la consacra et y inaugura un magnifique chemin de croix.

Peu après, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, orna les deux chapelles latérales de deux beaux tableaux de la Vierge ; et la piété des fidèles couvrit le sanctuaire de cœurs d'or ou d'argent offerts en ex-voto.

Toutes ces circonstances accrurent de plus en plus la dévotion des habitants d'Annecy, à ce point qu'il est peu d'églises où la sainte Vierge soit plus honorée, ses fêtes et le mois de Marie plus pieusement célébrés.

Avant 93, Annecy comptait encore dans ses environs trois chapelles de Notre-Dame de Pitié : la première dans le faubourg, illustre autrefois par beaucoup de prodiges, surtout des résurrections d'enfants morts-nés, eut l'honneur de recevoir saint François de Sales le jour qu'il fit à Annecy son entrée comme évêque, et le clergé vint l'y chercher en procession.

La révolution la renversa, et une croix de pierre reste seule pour en perpétuer le souvenir.

La seconde chapelle de Notre-Dame de Pitié est à Annecy-le-Vieux.

Avant 93, cette chapelle figurait parmi les principaux lieux de dévotion du décanat d'Annecy, et encore aujourd'hui elle est visitée par beaucoup de pèlerins, surtout le 15 août et le 8 septembre.

Enfin, la troisième chapelle est à quelques kilomètres d'Annecy : on l'appelle indifféremment Notre-Dame de Pitié ou Notre-Dame de Pont Verre.

En 1858, une personne malade y fut subitement guérie.

D'un autre côté, tout près d'Annecy, sur les rives de son beau lac, les Bénédictins élevèrent, vers la fin du 8ème siècle, le prieuré de Notre-Dame de Talloires.

Ils ne purent qu'y adjoindre une église en bois, mais la reine Hermengarde la fit rebâtir en de meilleures conditions, et assista à sa dédicace, vers l'an 1025 accompagnée des plus hauts personnages du royaume de Bourgogne, entre autres d'Humbert aux Blanches Mains.

Ce fut là comme l'inauguration d'une nouvelle pour la contrée.

Les Bénédictins non-seulement défrichèrent tous les bords du lac, et les changèrent en prairies, en vignobles et gracieux villages ; mais ils entourèrent le lac de sanctuaires de Marie, l'un en face de Talloires, à Saint-Jolioz, sur la rive opposée ; l'autre à Sévrier, vers le nord ; tandis que Notre-Dame d'Annecy occupait la rive méridionale.

Ils firent en outre de leur prieuré l'asile des pauvres et des voyageurs ; et, vers l'an 1329, ils y bâtirent un hôpital.

Malgré les quelques abus que la faiblesse humaine introduisit plus tard dans cette maison, et qui obligèrent saint François de Sales à y mettre la réforme, elle fut un sanctuaire de saints Religieux, tellement que six d'entre eux sont canonisés, et que la tombe de l'un d'eux, l'ermite saint Germain, continue d'être illustrée par beaucoup de miracles, comme par la visite des peuples, qui viennent toujours en grand nombre se recommander au saint ermite, surtout le jour de la Toussaint, le lundi de Pâques et le lundi de la Pentecôte.

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