Silence

 Silence

 


 

En opposition à la « vanité du monde », des courants religieux monastiques — chrétiens, hindouistes, bouddhistes, taoïstes — pratiquent l'ascèse et entendent se retirer le plus possible de la vie sociale, et pratiquer la méditation dans le silence monastique. 

En particulier certains ordres monastiques catholiques comme les trappistes (Cisterciens) intègrent dans leur règle monastique une règle de modération de la parole qu'on appelle souvent le vœu de silence

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silence

 

Le silence est une pratique spirituelle préconisée par la quasi-totalité des traditions religieuses pour faciliter une approche de la divinité ou pour atteindre des niveaux élevés de pureté spirituelle. 

Au sein du christianisme, la pratique du silence est courante au sein des communautés monastiques depuis des siècles et peut aussi concerner des laïcs. 

Le silence monastique est une pratique plus développée dans l’orthodoxie (sous le nom d'hésychasme) et le catholicisme que dans le protestantisme mais elle n’en est toutefois pas complètement absente. 

Le silence dans le judaïsme

Le judaïsme a une tradition de silence dans l’espace sacré. Bien qu’elles ne soient pas techniquement considérées comme des monastères, les synagogues, yeshivas et beit midrash (maison d’étude) sont les modèles à partir desquels la tradition du silence monastique chrétien a été bâtie. Au cœur même de la tradition juive se trouve l’injonction « écoute » qui ouvre l’affirmation de la foi juive dite Chema Israël (« Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est un. » Deutéronome 6/4). Le rabbin Gamaliel peut être cité à l’appui de cette importance du silence dans le judaïsme : « Toute ma vie, j’ai eu le privilège de me trouver en compagnie des hommes sages de la Torah et ils m’ont appris que rien n’est plus important que le silence pour vivre une vie productive. »  Le rabbin Isadore Twersky rappelle l’introduction du Code de Maimonide : « On doit être à l’écoute des silences autant que des paroles. »

Le silence dans le christianisme

Racines bibliques

Ancien Testament

  • Dans son livre Le Silence, le murmure de Dieu (Silence, The Still Small Voice of God), Andrew March montre que les origines du silence chrétien remontent aux psaumes traditionnellement attribués au roi David. Saint Benoît et ses moines connaissaient par cœur ces versets pour les chanter chaque semaine : « Je suis resté muet, dans le silence; Je me suis tu, quoique malheureux; Et ma douleur n'était pas moins vive; Mon cœur brûlait au dedans de moi; Un feu intérieur me consumait; Et la parole est venue sur ma langue. » (Psaume 39, versets 2 et 3).
  • Les trappistes se réfèrent aussi au psaume 62, versets 2 et 3 (C'est à Dieu seul que, dans le calme, je me remets: mon salut vient de lui. Lui seul est mon rocher, et mon Sauveur; il est ma forteresse: je ne serai pas ébranlé.)
  • Le moine trappiste Thomas Keating, fondateur de « Contemplative Outreach », se réfère au psaume 46 verset 11 « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu! ». La traduction de l’impératif hébreu « harpou » rendu par « arrêtez ! » dans la traduction Segond se traduit également par « soyez silencieux. »
  • Dietrich Bonhoeffer, dans « la Vie communautaire », cite le verset 2 du Psaume 65 : « Le silence ô Dieu est ta louange dans Sion. » La traduction usuelle est toutefois plutôt « avec confiance ô Dieu on te louera dans Sion. »
  • Ce passage du premier livre des rois, chapitre 19, versets 11 à 13, est également souvent cité : « L'Éternel dit: Sors, et tiens-toi dans la montagne devant l'Éternel! Et voici, l'Éternel passa. Et devant l'Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: l'Éternel n'était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l'Éternel n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: l'Éternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Élie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. Et voici, une voix lui fit entendre ces paroles: Que fais-tu ici, Élie ? »

Nouveau Testament

  • Deux épisodes des Évangiles présentent Jésus en prière silencieuse : au désert (« Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. » - Évangile selon Matthieu chapitre 4, verset 1) et au jardin des oliviers (« Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Restez ici, pendant que je m'en vais là-bas pour prier. (…) Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre: Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi ! », Évangile selon Matthieu chapitre 26, versets 36 et 40).
  • L’épître de Jacques (3/1-12) attribue en outre au silence une vertu de sanctification (« En effet, nous trébuchons tous de bien des manières. Si quelqu'un ne trébuche pas en paroles, c'est un homme mûr, capable de tenir tout son corps en bride. Quand nous mettons le mors dans la bouche des chevaux pour qu'ils nous obéissent, nous dirigeons ainsi leur corps tout entier. » Épître de Jacques chapitre 3, versets 2 et 3). Garder le silence permet d’éviter de pécher, ce que retiendront les fondateurs des ordres monastiques.

Christianisme primitif

Au IIIe siècle en Égypte apparaissent les premiers ermites. Leur modèle est Antoine le Grand : face à une vie dans la cité qu'il considère pleine de péché, il choisit de s'en détacher et vit dans le désert, constituant un des premiers exemples d'anachorète. Au début du IVe siècle, Pacôme le Grand crée les premières communautés car il estime que « la solitude est dangereuse », car elle peut conduire au désespoir ou au suicide : mieux vaut se grouper pour survivre. Au début, les moines sont seuls dans leur cellule et se retrouvent pour les repas. Chenouté, abbé copte des IVe et Ve siècles, développe le monachisme copte. Il a eu jusqu'à deux mille moines et mille huit cents moniales sous ses ordres. Chenouté durcit la règle pachomienne, la trouvant trop douce. Sa règle est la première à comporter une promesse écrite d'obéissance.

Tradition orthodoxe

Directement issue du christianisme primitif, l’Église orthodoxe enseigne que le silence permet d’approcher Dieu et de développer sa connaissance de soi, ou de vivre plus harmonieusement. Théophile, patriarche d’Alexandrie, plaçait les mérites du silence au même niveau que la foi dans une lettre synodale de 400 après Jésus-Christ : « Les moines – s’ils veulent être ce qu’ils disent – aimeront le silence et la foi catholique, car rien n’est plus important que ces deux choses. »

Tradition catholique

Bien que la parole soit en elle-même neutre, l’épître de Jacques (3/1-12) et les rédacteurs des règles monastiques voient dans le silence le seul moyen efficace de s’affranchir des péchés de la langue.

Saint Colomban

Le silence fait partie des dix vertus monacales établies par la règle de Colomban de Luxeuil (594), précurseur de la règle de Benoît de Nursie.

Les Bénédictins

Le silence joue un rôle majeur dans la règle bénédictine, où il permet de purifier l’esprit de toute distraction, et d’écouter Dieu plus attentivement. Le chapitre 6 de la règle de saint Benoît est consacré au silence. Après avoir cité le psaume 39, versets 2 et 3 (voir ci-dessus), elle poursuit ainsi : « Ici le prophète montre que si l’esprit de silence doit à tout moment nous mener à nous abstenir même de bonnes paroles, à combien plus forte raison la punition des péchés doit nous faire éviter les mauvaises paroles. C’est pourquoi l’esprit de silence est si important, la permission de parler ne doit être accordée que rarement, même aux disciples parfaits, quand bien même ce serait pour une conversation bonne, sainte et édifiante ; car il est écrit : « Celui qui parle beaucoup ne manque pas de pécher, Mais celui qui retient ses lèvres est un homme prudent. » (Proverbes chapitre 10, verset 19) et ailleurs « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue. » (Proverbes chapitre 18, verset 21). Le rôle du silence est ainsi défini par frère David Bird, OSB : « Lorsque notre intérieur et notre extérieur seront tous les deux silencieux, Dieu fera le reste. »

Les Cisterciens

Les Cisterciens sont d’actifs promoteurs de la tradition de méditation contemplative. Pour une part, cette insistance sur le silence permet une élévation spirituelle, d’autre part elle permet d’éviter le péché. Un dialogue se poursuit entre les Bénédictins et les Cisterciens qui définit un « archétype monastique » caractérisé par la paix et le silence.

Les Trappistes

L'ordre cistercien de la stricte observance (en abrégé o.c.s.o.), dont les membres sont familièrement appelés trappistes, est un ordre monastique catholique qui a repris la règle cistercienne. « Selon de nombreuses traditions spirituelles, la personne qui fait silence « entend » Dieu. Le trappiste s’engage à garder le silence et promet ainsi de vivre en communion paisible et silencieuse avec les autres. Les premières communautés monastiques se servaient d’un langage gestuel simple pour la communication reliée au travail. Aujourd’hui, les conversations entre les moines se limitent aux communications nécessaires à la vie communautaire et aux échanges essentiels sur des questions de foi ou de vie personnelle. »

Tradition protestante

L’évangéliste et pasteur baptiste Frederick Brotherton Meyer (1847–1929), membre d’un mouvement piétiste, développa une forte adhésion à la pratique du silence, qu’il voyait comme un moyen d’accéder à la direction divine sur tous les sujets.

« Nous devons faire silence devant Dieu. La vie qui nous environne, à l’époque actuelle, est essentiellement faite de précipitation et d’efforts. Nous sommes à l’âge du train rapide et du télégraphe. Ce qui remplirait une année est comprimé en un mois et ce qui occuperait un mois en une semaine. Un activisme fiévreux met en péril la vie religieuse. Ce courant a déjà pénétré nos églises et troublé leur quiétude. Les réunions succèdent aux réunions. Les mêmes personnes énergiques participent à toutes et sont de plus engagées dans toute sorte de bonnes actions. Mais nous devons faire attention de ne pas remplacer la contemplation par l’action, le sommet des montagnes par le fond de la vallée… Nous devons nous ménager du temps seul avec Dieu en silence. L’isolation derrière une porte fermée est indispensable… Sois silencieux et ressens que Dieu est en toi et autour de toi ! Dans le secret de l’âme, l’invisible devient visible, et l’éternel réel… Ne laisse pas passer un seul jour sans sa plage d’attente silencieuse devant Dieu. »

— FB Meyer, The Secret of Guidance

Le pasteur F.B. Meyer exerça une grande influence sur Frank Buchman (1878–1961), lui-même pasteur protestant et fondateur des groupes d’Oxford puis du Réarmement moral en 1938, refondé comme Initiatives et Changement en 2001. Un élément-clé de la pensée de Frank Buchman était la pratique d’un temps de silence quotidien qui, selon lui, permettait à tout un chacun de recevoir des pensées inspirées par Dieu sur tous les aspects de la vie. Un dicton fréquemment cité dans le mouvement inspiré par Frank Buchman est : "Quand l'homme écoute, Dieu parle ; quand l'homme obéit, Dieu agit". Karl Wick, rédacteur en chef du quotidien catholique suisse Vaterland, écrivit que Frank Buchman avait « apporté le silence monastique dans les foyers, les marchés et les conseils d’administration. »  L’enseignement de Frank Buchman toucha des milliers de personnes de toutes obédiences chrétiennes aussi bien que non chrétiennes.

« La direction divine doit devenir l'expérience normale des hommes et des femmes ordinaires. Chaque personne peut percevoir les messages divins si ses récepteurs sont en bon état. Des informations claires, précises et adéquates peuvent passer de l'Esprit de Dieu à l'esprit humain. C'est la façon normale de prier. »

— Frank Buchman, Rising Tide (discours)

Rôle théologique du silence

La théologie chrétienne diffère de celle des religions du Dharma eu égard au mode par lequel l’élévation spirituelle survient dans le contexte d’un silence contemplatif. Le Bouddhisme et l’hindouisme recommande diverses pratiques spirituelles tout comme les dénominations chrétiennes. Toutefois le christianisme, et particulièrement le protestantisme, met l’accent sur l’idée que l’élévation spirituelle n’est pas à la portée des humains, quelle que soit la régularité et la persévérance de leurs pratiques. À leurs yeux au contraire, l’élévation spirituelle qui conduit à la proximité de la divinité et au salut ne saurait être le fruit d’efforts humains mais résulte d’un mécanisme surnaturel. Ce mécanisme qui est appelé « grâce » est parfois décrit comme l’action de Dieu, compris comme le Père, ou comme l’action de l’Esprit saint.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silence_monastique 

 

 

 → Le dictionnaire

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire