L'église de Saint-Nectaire doit s'enorgueillir de posséder une pièce d'orfèvrerie qui, si elle était complète, serait, par ses proportions, la plus considérable de l'œuvre de Limoges, et qui en est encore l'une des plus remarquables.
La population de Saint-Nectaire vénère d'une manière toute particulière, sous le vocable de Notre-Dame du Mont-Cornadore, une statue de la Vierge haute de 0,70 m, assise sur un siège de forme rectangulaire, dont les pieds carrés, surmontés de petits chapiteaux, supportent une galerie ajourée d'ouvertures cintrées. Un voile, que dépassent les cheveux séparés en bandeaux plats, recouvre sa tête et ses épaules ; elle est vêtue d'une robe à longues manches et à nombreux plis droits dont la disposition évoque le souvenir des draperies antiques ; les pieds sont chaussés de souliers arrondis.
De ses deux mains, la Vierge retient entre ses genoux l'Enfant Jésus assis, revêtu d'une robe longue semblable à celle de sa mère ; de la main gauche, il tient un livre ; la main et le bras droit ont disparu.
Les visages sont sévères, celui de l'enfant est vieillot malgré ses cheveux coupés court, mais la Vierge n'a pas la fixité hiératique que l'on rencontre dans la plupart des œuvres de cette époque. Les têtes sont trop grosses pour les corps, cependant la disproportion est surtout sensible dans les mains de la Vierge qui sont énormes.
Le groupe est en bois de chêne et il offre cette rare particularité d'être encore recouvert d'une toile marouflée, suivant la coutume alors en usage, pour éviter le jeu du bois et pour recevoir une peinture. La crudité des couleurs qui la recouvrent encore nous semblent indiquer qu'elles ont été refaites ; les visages et les mains ont le ton de chair, le vêtement de dessus est bleu avec un semis de fleurs de lys d'or, celui de dessous est rouge, semé de fleurs de lys et de fleurs à cinq lobes d'or.
Cette madone offre un très réel intérêt, non seulement parce que la position de l'Enfant Jésus assis entre les genoux de sa mère, et la façon dont les plis concentriques des vêtements sont traités, permettent de placer son exécution dans le XIIe siècle, mais aussi parce qu'elle appartient à un type qui parait avoir été commun en Auvergne où il en existe encore plusieurs exemples. Nous devons à notre érudit confrère, M. du Ranquet, des renseignements intéressants sur plusieurs de ces statues, et nous joignons à cette notice la reproduction de photographies que nous devons à son obligeance et qui permettront de les comparer à Notre-Dame du Mont-Cornadore.
Dans la réalité, le mont Cornadore avait toujours été un lieu magique et sacré depuis la nuit des temps tout autour de son dolmen. Dans ses grottes résidaient des fées bienfaisantes, espérance de toute les misères et ultime remède des pires maux. Aussi, plutôt que de tenter d'éradiquer ces diableries parmi la gent arverne, ce qui eût été impossible, l'Église avait-elle convoqué la Vierge en renfort pour lui faire jouer, par un singulier transfert, le rôle des fées. De la sorte, la tradition ancestrale avait été conservée, chacun déposant aux pieds de la statue de Notre-Dame du Mont Cornadore ses malheurs les plus désespérés dans l'attente d'un miracle.
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