Saint Judicaël († 658)
Roi de Bretagne puis moine
Judicaël (né vers 590 - mort le 16 ou 17 décembre 658) est un saint breton. Fils du roi Judhaël de Domnonée et de la reine Pritelle, il est roi de Domnonée au VIIe siècle.
Biographie
Statue de saint Judicaël
(Abbatiale Notre-Dame de Paimpont)
Par Ex-Smith — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4331282
Kergrist-Moëlou : église paroissiale Notre-Dame, statue de saint Judicaël, roi de Bretagne
Par Moreau.henri — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=128328425
Il naquit vers l'an 590. Fils aîné de Judaël ou Judhaël, roi de Domnonée et de la reine Prizel, fille d'Ausoch, comte du Léon.
Il était l'aîné de quinze frères et de cinq sœurs dont plusieurs font partie de la longue liste des saints bretons comme Josse et saint Guinien (saint Guinian ou saint Vignen).
À la mort de Judaël vers 605, pourtant fils aîné et héritier, il préfère se retirer au monastère Saint-Jean de Gaël que Saint Méen venait d'ériger à la suite de l'usurpation de l'un de ses puînés Haëloc poussé par son « gouverneur » (latin nutritius) nommé Rethwal.
La mort en 615 d'Haëloc, converti par Maclou en 610, lui permet d'occuper le trône.
Judicaël quitte alors son monastère pour prendre la direction du royaume de Domnonée.
Pendant vingt ans, il gouverna le royaume avec autorité et sagesse. Après s'être marié à Morone vers 630.
L'évêque Ouen de Rouen dans sa vita d'Eloi de Noyon et le pseudo Frédégaire dans sa « Chronique » relatent qu'en 635/636 sous le règne de Dagobert Ier, les bretons agressaient les frontières des Francs. Menacé de l'intervention de l'armée de Bourgogne qui venait de vaincre les basques de la Soule, leur roi Judicaël accepte de venir rencontrer le roi dans sa villa de Clichy. Judicaël échange des présents avec Dagobert reconnait sa suzeraineté et conclut la paix mais comme il était « un homme très religieux et avait une grande crainte de Dieu », effrayé par la licence qui règne à la cour royale, il refuse son hospitalité et préfère se rendre à la résidence du « référendaire » Dado le futur Saint Ouen qu'il savait « respectueux de la religion »
Vers 642, Judicaël se serait de nouveau retiré au monastère de Gaël, certains disent au monastère de Paimpont qu'il avait fondé. Il laisse le trône à son frère Judoc (ou Josse). Ce dernier ayant embrassé à son tour la vie monastique on ignore qui occupe le trône et son héritage semble avoir été partagé6.
Judicaël serait mort dans la nuit du dimanche 16 au 17 décembre 647/652.
Il fut enseveli à côté de son maître saint Méen.
Postérité
Le château d’eau de Gaël en Ille-et-Vilaine, orné d’une fresque monumentale représentant le roi et saint Judicaël, réalisé par l’artiste peintre globe trotter Frédéric Gracia
Par Rundvald — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=110236395
Saint Judikael à la Vallée des Saints
Par LordLochaber — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=136466048
Plaque de la statue de Saint Judikael à La Vallée des Saints
Par LordLochaber — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=136466190
Ses héritiers naturels : Judoc son frère et Winoc son neveu (ou son fils) s'étant eux aussi définitivement désistés du pouvoir pour se retirer dans des monastères, on ne sait pas qui prit ensuite la tête du royaume de Domnonée.
Dans un acte du Cartulaire de Redon de 869 une noble dame Roiantdreh, disposant d'un important patrimoine foncier, veuve et après la mort de son fils Ewen, adopte et institue comme héritier le roi Salomon de Bretagne. À la fin de l'acte elle détaille sa lignée paternelle sur huit générations : « Jedechael genuit Urbien, Urbien genuit Judon, Judon genuit Custentin, Custentin genuit Argant, Argant genuit Judwal, Judwal genuit Louenan , Louenan genuit Roiantdreh ». Certains historiens dont encore récemment Alan J. Raude estiment que du fait de la présence de noms issus de la famille des prince de Domnomée dans cette généalogie (Judon, Judwal, Urbien, Jedechael...), l'ancêtre de Roiantrdreh est le roi Judicaël du début du VIIe siècle. Arthur de la Borderie en doutait déjà en son temps du fait de l'absence de mention du « double titre de roi et de saint » encore présent dans toute les mémoires selon lui au IXe siècle, de Judicaël dans le document.
Dom Morice interprétant sur une vita du roi Judicaël rédigée au XIe siècle par le moine Ingomar dans laquelle ce dernier précise que « tous les princes qui ont régné en Bretagne depuis Judicaël étaient issus de ce roi » en fait un ancêtre d'un pseudo « Erispoë comte de Rennes et de la race des anciens rois de Bretagne » qu'il désigne comme le père de Nominoë !
Une statue de Saint Judikael est présente dans la Vallée des Saints en Bretagne. C'est une œuvre du sculpteur Xavier Tanguy réalisée en 2020 dans du granit de Huelgoat.
Légende
Alain Bouchart en 1514 dans ses « Grandes Chroniques », complète la liste des « Rois de Bretagne » dont l'origine remonte à Geoffroi de Monmouth en y incluant dans la descendance de Conan Mériadec un 10e roi à qui il attribue le nom du roi historique de Domnonée ; Judicaël. Ce personnage fictif sera maintenu au XVIIIe siècle par Pierre-Hyacinthe Morice de Beaubois dans ses travaux.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_Judica%C3%ABl
LA VIE DE SAINT JUDICAËL, ou GICQUEL
Roy de Bretagne Dononée, Confesseur, le 16 de Decembre.
Saint
Judicaël, fils aisné de Juhaël, Roy de Bretagne Dononée, & de la
Reyne Pritelle, fille aisnée d'Ausoche, prince au Comté de Leon, fut
élevé, avec ses autres freres Josse & Winoc, au palais de son Pere ;
lequel estant decedé, il fut solemnellement couronné Roy, & receu
de ses sujets, qui se promettoient un siecle d'or sous le regne d'un
prince si saint et vertueux. Il gouverna son Estat en paix quelques
années, jusques à ce que Dagobert, Roy de France, s'avisa de luy faire
la guerre, pour les causes rapportées au long par notre Historien. Les
deux Roys armerent ; & les François vinrent les premiers fourrager
les marches de Bretagne ; mais les Bretons les chargerent &
contraignirent à se retirer & laisser leur butin ; puis, coururent
tout le Maine qu'ils ravagerent jusques aux portes du Mans. Dagobert
renforça ses troupes & envoya son armée sous la conduite de Guy,
Comte de Chartres, qui rencontra les Bretons entre le Mans & Laval,
lesquels, ayans dressé une embuscade en un creux chemin, attirerent les
François au combat, qui furent enveloppez de trois mille hommes, que
Budic, Comte de Cornoüaille, fit lever à point de l'embuscade, qui
donnans à travers les François, y firent grand eschec, & fut le
General Guy pris prisonnier par le seigneur du Pont-Labbé & presenté
au Roy.
II. Le Roy S. Judicaël, ayant deffendu son Pays &
énervé les forces de son ennemy, au lieu de poursuivre sa victoire ayant
cét avantage, fit retirer son armée, qu'il mit en garnison és places
frontieres, avec deffense expresse de faire aucun acte d'hostilité, si
on n'étoit attaqué : ce qui estonna le Roy Dagobert, qui vid bien, par
cette action, que ce prince, qu'il avoit attaqué de gayeté de cœur,
étoit tout autre qu'il ne s'estoit imaginé, & plus amy de la paix
avec ses voisins que desireux de conquerir sur eux ; ce qui luy fit
desirer son alliance & amitié ; &, à cét effet, il dépescha vers
luy une honorable ambassade, de laquelle estoit chef S. Eloy, Evesque
de Noyon, que le saint Roy receut avec le plus d'honneur qu'il fut
possible, ayant commandé que, par toutes les villes de son Estat, on luy
fit telle reception qu'à sa propre personne ; il luy donna audience en
son conseil & l'entretint privément, & eut S. Eloy tel crédit
envers sa Majesté, qu'il luy persuada de venir visiter le Roy Dagobert à
Clichi la Garane prés Paris, où il luy feroit avoir la communication de
plusieurs S.S. Personnages, qui estoient à la cour du Roy de France.
III
. Le voyage de France conclu, le Roy donna ordre à son départ, &
ayant en sa compagnie les princes Josse & Hoël, ses freres, il se
mit en chemin & trouva le Roy Dagobert à Clichi, qui le receut
affectueusement ; &, dés le lendemain, entrerent en propos de leurs
differents, qu'ils terminèrent & confirmèrent en une bonne paix
entr'eux & leurs Estats & sujets ; &, au départir, S.
Judicaël offrit à Dagobert de grands & riches presens, que Dagobert
reciproqua par d'autres presens, pour signe d'une paix inviolable.
Durant que S. Judicaël séjourna à la cour de Dagobert, il ne voulut
loger au Palais qu'on luy avoit preparé, mais chez Fabias, ou Dadon,
maistre du palais & chancelier de France, qui, depuis, fut
Archevesque de Roüen, nommé S. Oüen, dont la maison sembloit plûtost un
Monastere bien reglé, que le palais d'un courtizan. Là, il conversa avec
grande quantité de religieux personnages, qui l'échaufferent tellement
en l'Amour de Dieu, qu'estant de retour en Bretagne, il prit resolution
de se démettre du gouvernement de son royaume, en la personne du prince
Josse, son frere aisné, & se rendre Religieux en quelque Monastere.
Il en fit porter parole au prince, qui s'enfuit de la cour & se fit
Hermite (comme nous avons dit en sa vie) comme aussi son frere S.
Winoc.
IV.Cela n'empescha pas que le Roy, navré bien avant du
desir de servir Dieu en Religion, ne convoquast les Estats, &, en
leur presence, se démit de la dignité royale ; &, s'estant rendu en
l'abbaye S. Jean-Baptiste de Gaël, il se jetta aux pieds de l'Abbé &
le supplia de le recevoir au nombre de ses Religieux. Toute la Bretagne
accourut à cette nouvelle, pour voir ce Prince changer sa pourpre en un
vil habit Monachal. Il parut vétu de ses habits royaux, assisté de ses
officiers, en presence desquels il fut vétu, tirant les larmes des yeux
de tous les assistants. Il fit rebastir tout à neuf l'Abbaye & y
donna de grands revenus ; &, ayant vécu en ce lieu en grande
sainteté, il mourut saintement & y fut enseveliy, & Dieu a
témoigné sa sainteté par plusieurs grands miracles, qui se sont faits à
son Sepulchre. Son corps fut transporté à S. Joüin de Marne en Poictou,
pour füir la rage des Normands, qui, l'an 878, ravagerent toute la
Bretagne, où fut trouvé, avec ceux des saints Joüin Patron du lieu,
Martin de Vertou, Lumine, Rufin & Marculphe, & transféré, pour
la seconde fois, l'an 1130. De laquelle translation il se fait, tous les
ans, une Feste solemnelle, le Dimanche aprés la Nativité de N. Dame en
Septembre, qu'ils appellent la Feste des Reliques.
Vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert Le Grand (1636) - Vè édition de 1901 - Quimper
En savoir plus :
http://www.martyretsaint.com/judicael/
L'apparition de la Vierge
Vers 630, il voit la Vierge Marie dans la forêt de Brocéliande près de Paimpont où elle aurait fait jaillir une source et demandé la construction d'une église.
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