La Sainte robe de Trèves
En
1152, les moines bénédictins de Saint-Denis découvrent dans le
monastère d'Argenteuil un passage conduisant sous l'édifice. Là, dans
des caves oubliées depuis 300 ans, ils trouvent un coffre d'ivoire
contenant une tunique soigneusement repliée, celle-là même que se
partagèrent les soldats romains lors de la crucifixion. Une quarantaine
d'années après la découverte de la tunique d'Argenteuil, un autre
manteau est trouvé dans les sous-terrains de la cathédrale de Trèves
(Allemagne). Le vêtement présente une singularité surprenante: il est
sans couture, tissé d'un seul fil.
La Sainte tunique est le vêtement porté par Jésus au Calvaire et tiré au sort entre les soldats chargés de son exécution.
Les Juifs de l'époque portaient habituellement deux tuniques : une légère par-dessous, et une épaisse par-dessus.
Le
plus célèbre des vêtements de Jésus demeure sans conteste la robe sans
couture, cette tunique que la Vierge tissa pour son fils au sortir du
maillot, qui crut à mesure qu'il grandissait et qu'il conserva jusqu'au
jour où elle fut tirée au sort entre les soldats chargés de son
exécution, sans que jamais l'usure n'apparût.
Robe
unique et miraculeuse pour Jésus, miraculeuse mais non plus unique pour
les chrétiens puisqu'elle a traversé les siècles en se multipliant :
Argenteuil et Trèves l'ont possédée entière en chaque ville, Moscou en
eut un large fragment, les églises romaines de Saint-Praxède et de
Saint-Roch,
la cathédrale de Cortone, Venise montrèrent également des morceaux. On
en trouve aussi à Aix-la-Chapelle, à Bamberg, à Brême, à Lokkum, à
Abbeville, à Constantinople, à Londres et dans plus de 30 autres églises et monastères de par le monde.
La tunique de Trèves
La
robe de Trèves aurait été envoyée par sainte Hélène, mère de l'empereur
Constantin, à saint Agricius, évêque de Trèves, résidence des empereurs
d'Occident et l'une des villes alors les plus importantes.
Malheureusement,
les documents historiques font absolument défaut et l'on doit s'en
tenir à ce qu'écrit le biographe d'Agricius, vers le milieu du XIe
siècle : l'évêque avait enrichi la cathédrale «d'un clou de la passion
et d'autres reliques du Seigneur non moins dignes de vénération que le
clou lui-même », ce qui est fort peu précis. La tunique méritait plus.
En
1196, l'archevêque Jean ayant fait entreprendre des travaux dans la
cathédrale, la cassette contenant la Sainte Robe fut découverte. D'abord
placée sous le maître-autel, puis éloignée de Trèves pendant un siècle,
la caisse contenant la précieuse relique fut enfin déposée dans le
trésor de la cathédrale. Lorsqu'on l'ouvrit, «on trouva dans l'intérieur
une seconde caisse, couverte de cuir, fermée comme la première avec
trois serrures ; puis une troisième entourée de coton et enveloppée
d'une toile. La toile ayant été enlevée, on vit que la caisse était
garnie d'un lacet rouge et de vingt-cinq sceaux intacts, comme le
portait le premier procès-verbal, puis de deux serrures. On y trouva une
couche de coton et trois enveloppes de soie successives, l'une bleue,
l'autre rouge et la troisième blanche. Enfin on vit la Sainte Robe
elle-même conservée dans toute sa longueur, mais pliée dans le sens de
la largeur. Elle fut enlevée avec le taffetas blanc et étalée sur
l'autel de la chapelle.
« Sur
le devant elle parut comme écaillée, et on remarqua que précédemment,
pour mieux conserver le vêtement, on y avait appliqué une étoffe très
fine qui s'était détachée par l'effet du temps et tombait en petits
morceaux. Beaucoup de ces morceaux furent ramassés par les assistants.
On les a souvent appelés parcelles de la Sainte Robe ; mais ils n'en
font pas partie : aucune parcelle de la Sainte Robe n'a été séparée. La
haute antiquité du vêtement est évidente. Elle est plus brune à
l'intérieur qu'à l'extérieur, blanchâtre en quelques places, grisâtre
dans le reste.»
Publiquement
exposée en 1810, la relique attira plus de deux cent mille personnes. A
la nouvelle ostension solennelle de 1844, le nombre dépassa le million.
Des exposition eurent lieu en 1933 et 1959. Plus de 1 700 000 pèlerins
sont venus à Trèves en 1959, à l’occasion d’une ostension spéciale de la
sainte tunique. La dernière date de 1996 (700 000 pèlerins). Le
prochain pèlerinage est prévu pour 2012.
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