Saint Christophe (3ème s.)

Saint Christophe (3ème s.)
Martyr en Lycie


Saint Christophe. Martyr en Lycie (3ème s.)



Christophe de Lycie, plus connu comme saint Christophe, est un saint du Christianisme ; il est considéré comme le patron des voyageurs.

Christophe dérive des mots grecs Kristos (Christ) et phorein (porter), c'est-à-dire celui qui porte le Christ, en allusion à un géant légendaire initialement nommé « Réprouvé » qui aurait aidé l'enfant Jésus à traverser une rivière.

Autrefois, il passait pour mettre à l'abri des maladies quiconque voyait sa statue.

C'est d'ailleurs pour cette vertu que l'on voit son portrait sur les murs extérieurs de certaines églises à l'appui du traditionnel dicton « Regarde Christophe et va-t-en rassuré ».

Saint Christophe est fêté en Orient le 9 mai, en Occident le 25 juillet, selon le martyrologe romain, et le 21 août dans le calendrier français.

Il est le patron de la capitale de Lituanie, Vilnius.


Origine

Hans-Friedrich Rosenfeld, dans un essai exhaustif (Der hl. Christophorus, Göttingen, 1937), avance que la légende proviendrait d’un récit gnostique, où l’on parle d’un monstre anthropophage à tête de chien qui, par le baptême, prend le nom de Christianus ou Christophorus.

Les versions orientales qui sont les plus anciennes partagent avec les versions occidentales le martyre du saint et son projet de se mettre au service du maître le plus puissant.

En Occident, le motif de la tête de chien tend à disparaître, et apparaît le motif du « porte-Christ », dont l’action se déroule lors d’une traversée de l’eau de la ténèbre hivernale, selon Jean Haudry(Saint Christophe, saint Julien l'Hospitalier..., Etudes I.E., 1985), rapprochant le miracle du saint, par ce fait, des épreuves qualifiantes des héros païens des légendes de Grettir ou de Beowulf.

La fusion de la mythologie païenne et de la légende chrétienne explique probablement la popularité du saint dans tout l’Occident à la fin du Moyen Âge et les réticences des clergés anglais et allemands à son égard.
Rosenfeld affirme que le peuple reconnaissait en lui « un de ses géants familiers ».

Georges Dumézil dans Mythe et épopée écrit que le Mahabharata, rédigé vers le quatrième siècle mais reposant sur des légendes bien antérieures, mentionne un géant semblable qui fait de la même façon traverser le Gange a un enfant roi.

Le personnage traditionnel

 

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Christophe dans La Légende dorée (1497) 

Statue de Saint Christophe au Jardin Massey de Tarbes
Statue de Saint Christophe au Jardin Massey de Tarbes
Par Unuaiga — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=48327346 



Le personnage traditionnel est issu d'une légende orientale d'un géant cynocéphale qui ne le porte pas physiquement mais qui le porte dans son cœur. Les versions orientale et occidentale de sa légende, que Jacques de Voragine tente de concilier dans la Légende dorée, n'ont juste en commun que de faire de lui un géant.

Encore au XVIe siècle, avant le concile de Trente, saint Christophe avait la réputation de mettre à l'abri des maladies quiconque l'invoquait. Selon une tradition répandue, connue de sources variées et popularisée par la Légende dorée de Jacques de Voragine (légende n'ayant pas ici le sens de légendaire), c'était un Chananéen, d'allure terrible tant il était imposant, qui avait pour nom « Réprouvé » (reprobus ou reprebus en latin).

À une date indéterminée, il rencontra un ermite qui lui expliqua les principes de la foi chrétienne, lui disant, au sujet de Jésus-Christ :

 « Ce Roi désire que tu jeûnes souvent ».

 « Cela m’est impossible », répondit le futur Christophe. L’ermite ajouta :

 « Ce Roi désire que tu lui adresses des prières ». Le géant répondit qu’il ne savait ce que c'était et qu'il ne pouvait donc pas davantage se soumettre à cette exigence. L’ermite lui dit alors :

 « Tu iras te poster à telle rivière tumultueuse et tu aideras les gens à la traverser ».

Réprouvé accepta. Il se construisit une petite cabane au bord de la rivière et chaque jour, aidé d'une perche, il faisait traverser les voyageurs. Un jour, longtemps après, il entendit la voix d'un petit enfant qui lui demandait de lui faire traverser l'eau. Il sortit mais ne vit personne. Rentré chez lui, il entendit une seconde fois l'appel de l’enfant. Dehors, de nouveau il ne trouva personne. Ce n'est qu'au troisième appel que le géant vit le petit enfant qui attendait là, sur la berge. Il le prit sur ses épaules et commença la traversée. Mais à mesure qu'ils progressaient, l'Enfant devenait de plus en plus lourd et la rivière de plus en plus menaçante, tant et si bien qu'il eut le plus grand mal à rejoindre la berge opposée. Une fois l'enfant déposé, il lui dit :

 « Enfant, tu m'as exposé à un grand danger, et tu m'as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais s'il eut été plus lourd à porter. » L'enfant lui répondit :

 « Ne t'en étonne pas, Christophe (porteur du Christ), tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur tes épaules Celui par qui le monde a été créé : car je suis le Christ ton Roi, à qui tu as en cela rendu service. Et pour que tu saches que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre devant ta cabane, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits. »

L’enfant disparut à ses yeux. Christophe fit ce que l’enfant lui avait dit et trouva, le matin, des feuilles et des dattes sur le bâton.


Autres éléments de la tradition de Christophe

 

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Saint Christophe de Lorenzo Lotto, Gemäldegalerie de Berlin

 

Christophe partit alors pour Samos, en Lycie où, ne comprenant pas la langue, il tomba en prières afin que Dieu l'éclaire et il obtint le don de cette langue. 

Il rencontra dans le pays des chrétiens qui, dans la ville, prêchaient la foi en Jésus-Christ. 

Un des juges de la ville y trouva l’occasion de le frapper au visage. 

Christophe ficha à nouveau son bâton dans le sol, espérant un nouveau miracle... qui eut lieu, en effet. 

Et ainsi, huit mille personnes, à cette vue, se convertirent. 

Le prince de la région, exaspéré, envoya deux cents soldats pour l'arrêter. 

Mais dès qu'ils le virent en prière, ils hésitèrent. 

Comme par miracle, les soldats se mirent à prier avec Christophe. 

Il accepta de les suivre chez le prince. Celui-ci, impressionné, lui demanda son nom. Christophe répondit :

 « Auparavant l'on m'appelait "Réprouvé", mais aujourd’hui je me nomme Christophe ». Le prince lui fit remarquer ce choix peu judicieux... Pourquoi prendre le nom de quelqu'un qui est mort, humilié sur une croix ? pourquoi ne pas se rallier aux dieux ? Christophe répondit :

 « C'est à bon droit que tu t'appelles d'Agnus, parce que c'est toi qui es la mort dans ce monde, l'associé du diable ; et tes dieux sont l’ouvrage de la main des hommes ». Le prince lui proposa un marché : soit il sacrifiait à ses dieux, soit il l'envoie au supplice. Christophe refusa et fut jeté en prison. Le prince y envoya deux prostituées afin qu’elles le séduisent. Christophe en prière ne céda pas, et elles se convertirent à leur tour. Le prince entra dans une grande colère et ordonna leur supplice et la décapitation de Christophe, après sagittation. Une des flèches tirées sur Christophe frôla l'œil du prince, qui en perdit la vue. Christophe lui dit :

 « C’est demain que je serai sacrifié. Tu prendras mon sang, tu le mêleras à de la terre, et tu en feras de la boue. Tu poseras cette boue sur ton œil qui guérira ». Christophe fut ainsi décapité. Le prince suivit néanmoins ses conseils et appliqua la boue qui aussitôt guérit son œil. Alors le prince crut enfin. Il porta un édit qui interdisait à quiconque de blasphémer le nom du vrai Dieu et celui de son serviteur, Christophe. »


Iconographie

Représentation cynocéphale de saint Christophe
 
 Bas-relief de Saint-Christophe, près d'un passage de fleuve
Par Original téléversé par Archeos sur Wikipédia français. — Transféré de fr.wikipedia à Commons par Bloody-libu utilisant CommonsHelper., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20394167 
 

Saint Christophe est communément représenté par un homme traversant un cours d'eau et portant un enfant sur l'épaule, l’enfant figure le Christ.

L'iconographie s'est élargie en certain lieux : certaines icônes de l'Église orientale le représentent tel un homme à tête de chien avec à la main un crucifix : Christophoros, expliquant ainsi qu'il est un passeur permettant de voyager d'une rive à une autre.

C'est par une interprétation trop littérale du nom donné à cette tribu : Kynoprosopoi ("têtes de chien"), que certains iconographes tardifs ont représenté, à tort, le Saint avec une tête de chien.

Sur un plan symbolique, cette représentation fait le lien avec l'iconographie égyptienne représentant le dieu Anubis passeur des âmes après la mort.

Il peut également être relié à la mythologie gréco-romaine avec Charon, le passeur des âmes défuntes sur le fleuve du Styx.

Saint patron des voyageurs, des Automobilistes.
 

Adaptation de la légende

 

  Fresque de saint Christophe, dans l'abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Wissembourg

 

Ce portage du Christ — symboliquement qualifié de fonction phorique par Michel Tournier — a fait l'objet d'une relecture par l'auteur dans son roman le Roi des Aulnes.

Saint Christophe est un des géants processionnels, mannequins d'osier ou de bois promenés dans les cortèges des fêtes traditionnelles du nord de la France et de la Belgique.

Dévotion populaire

Dans de nombreuses paroisses de France et de Belgique, il est de tradition de faire un pèlerinage et de bénir les véhicules des différents usagers de la route le jour de la Saint Christophe. Ainsi le pèlerinage de Tourcoing, qui existe depuis 1938, rassemble chaque année plusieurs centaines de véhicules, ou celui de Bas-Warneton, en Belgique, qui en rassemble quelques dizaines. A cette occasion, le prêtre asperge d'eau bénite les véhicules qui se présentent devant lui.

Certains automobilistes collent dans leurs voitures de petites plaques circulaires à l'effigie du saint pour se prémunir des accidents de la route. Cette pratique serait attestée dès 1908.

 

 Saint Christophe
(Berck, église Notre-dame des sables)



Christophe, avant son baptême, se nommait Réprouvé, mais dans la suite il fut appelé Christophe, comme si on disait : qui porte le Christ, parce qu'il porta le Christ en quatre manières : sur ses épaules, pour le faire passer ; dans son corps, par la macération ; dans son cœur, par la dévotion et sur les lèvres, par la confession ou prédication.

Christophe était Chananéen ; il avait une taille gigantesque, un aspect terrible, et douze coudées de haut.

D'après ce qu'on lit eu ses actes, un jour qu'il se trouvait auprès d'un roi des Chananéens, il lui vint à l’esprit de chercher, quel était le plus grand prince du monde, et de demeurer près de lui.

Il se présenta chez un roi très puissant qui avait partout la réputation de n'avoir point d'égal en grandeur.

Ce roi en le voyant l’accueillit avec bonté et le fit rester à sa cour.

Or, un jour, un jongleur chantait en présence du roi une chanson oit revenait souvent le nom du diable ; le roi, qui était chrétien, chaque fois qu'il entendait prononcer le nom de quelque diable, faisait de suite le signe de croix sur sa figure.

Christophe, qui remarqua cela, était fort étonné de cette action, et de ce que signifiait un pareil acte.

Il interrogea le roi à ce sujet et celui-ci ne voulant pas le lui découvrir, Christophe ajouta : « Si vous ne me le dites, je ne resterai pas plus longtemps avec vous. »

C'est pourquoi le roi fut contraint de lui dire : « Je me munis de ce signe, quelque diable que j'entende nommer, dans la crainte qu'il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise. »

Christophe lui répondit : « Si vous craignez que le diable ne vous nuise, il est évidemment plus grand et plus puissant que vous ; la preuve en est que vous en avez une terrible frayeur. Je suis donc bien déçu dans mon attente ; je pensais avoir trouvé le plus grand et le plus puissant seigneur du monde ; mais maintenant je vous fais mes adieux, car je veux chercher le diable lui-même, afin de le prendre pour mon maître et devenir son serviteur. »

Il quitta ce roi et se mit en devoir de chercher le diable.

Or, comme il marchait au milieu d'un désert, il vit une grande multitude de soldats, dont l’un, à l’aspect féroce et terrible, vint vers lui et lui demanda où il allait.

Christophe lui répondit : «Je vais chercher le seigneur diable, afin de le prendre pour maître et seigneur. »

Celui-ci lui dit : « Je suis celui que tu cherches. »

Christophe tout réjoui s'engagea pour être son serviteur à toujours et le prit pour son seigneur.

Or, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrèrent une croix élevée sur un chemin public.

Aussitôt que le diable eut aperçu cette croix, il fut effrayé, prit la fuite et, quittant le chemin, il conduisit Christophe à travers un terrain à l’écart et raboteux, ensuite il le ramena sur la route.

Christophe émerveillé de voir cela lui demanda pourquoi il avait manifesté tant de crainte, lorsqu'il quitta la voie ordinaire, pour faire un détour, et le ramener ensuite dans le chemin : Le diable ne voulant absolument pas lui en donner le motif, Christophe dit : « Si vous ne me l’indiquez, je vous quitte à l’instant. »
Le diable fut forcé de lui dire : « Un homme qui s'appelle Christ fut attaché à la croix ; dès que je vois l’image de sa croix, j'entre dans une grande peur, et  m’enfuis effrayé. »

Christophe lui dit : « Donc ce Christ est plus grand et plus puissant que toi, puisque tu as une si brande frayeur en voyant l’image de sa croix ? J'ai donc travaillé en vain, et n'ai pas encore trouvé le plus grand prince du monde. Adieu maintenant, je veux te quitter et chercher ce Christ. »

Il chercha longtemps quelqu'un qui lui donnât des renseignements sur le Christ ; enfin il rencontra un ermite qui lui prêcha J.-C. et qui l’instruisit soigneusement de la foi.

L'ermite dit à Christophe : « Ce roi que tu désires servir réclame cette soumission : c'est qu'il te faudra jeûner souvent.»

Christophe lui répondit : « Qu'il me demande autre chose, parce qu'il  m’est absolument impossible de faire cela. »

« Il te faudra encore, reprend l’ermite, lui adresser des prières. »

« Je ne sais ce que s'est, répondit Christophe, et je ne puis me soumettre à cette exigence.»

L'ermite lui dit : « Connais-tu tel fleuve où bien des passants sont en péril de perdre la vie ? »

« Oui, dit Christophe.

L'ermite reprit : « Comme tu as une haute stature et que tu es fort robuste, si tu restais auprès de ce fleuve, et si tu passais tous ceux qui surviennent, tu ferais quelque chose de très agréable au roi J.-C. que tu désires servir, et j'espère qu'il se manifesterait à toi en ce lieu. »

Christophe lui dit ; « Oui, je puis bien remplir cet office, et je promets que je  m’en acquitterai pour lui. »

Il alla donc au fleuve dont il était question, et s'y construisit un petit logement.

Il portait à la main au lieu de bâton une perche avec laquelle il se maintenait dans l’eau ; et il passait sans relâche tous les voyageurs.

Bien des jours s'étaient écoulés, quand, une fois qu'il se reposait dans sa petite maison, il entendit la voix d'un petit enfant qui l’appelait en disant : « Christophe, viens dehors et passe-moi. »

Christophe se leva de suite, mais ne trouva personne.

Rentré chez soi, il entendit la même voix qui l’appelait.

Il courut de,lors de nouveau et ne trouva personne.

Une troisième fois il fut appelé comme auparavant, sortit et trouva sur la rive du fleuve un enfant qui le pria instamment de le passer.

Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser.

Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d'un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et, craignait de périr.

Il échappa à grand peine.

Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu  m’as exposé à un grand danger, et tu  m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourda porter. »

L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, , auquel tu as en cela rendu service ; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits, »

À l’instant il disparut.

En arrivant, Christophe ficha donc son bâton en terre, et quand il se leva le matin, il trouva que sa perche avait poussé des feuilles, et des dattes comme un palmier.

Il vint ensuite à Samos, ville de Lycie, où il ne comprit pas la langue que parlaient les habitants, et il pria le Seigneur de lui en donner l’intelligence.
Tandis qu'il restait en prières, les juges le prirent pour un insensé, et le laissèrent.

Christophe, ayant obtenu ce qu'il demandait, se couvrit le visage, vint à l’endroit où combattaient les chrétiens, et il les affermissait au milieu de leurs tourments.

Alors un des juges le frappa au visage, et Christophe se découvrant la figure : « Si je n'étais chrétien, dit-il, je me vengerais aussitôt de cette injure. »

Puis il ficha son bâton, en terre en priant le Seigneur de le faire reverdir pour convertir le peuple.

Or, comme cela se fit à l’instant, huit mille hommes devinrent croyants.

Le roi envoya alors deux cents soldats avec ordre d'amener Christophe par (288) devant lui ; mais l’avant trouvé en oraison ils craignirent de lui signifier cet ordre ; le roi envoya encore un pareil nombre d'hommes, qui, eux aussi, se mirent à prier avec Christophe.

Il se leva et leur dit : « Oui cherchez-vous? »

Quand ils eurent vu son visage ; ils dirent : « Le roi nous a envoyés pour te garrotter et t'amener à lui.»

Christophe leur dit : « Si je voulais, vous ne pourriez. me conduire ni garrotté, ni libre. »

Ils lui dirent : « Alors si tu ne veux pas, va librement partout : ou bon te semblera, et nous dirons au roi que nous ne t'avons pas trouvé. »
« Non, il n'en sera pas ainsi, dit-il ; j'irai avec vous.»

Alors il les convertit à la foi, se fit lier par eux les mains derrière le dos, et conduire au roi en cet état.

À sa vue, le roi fut effrayé et tomba à l’instant de son siège.

Relevé ensuite par ses serviteurs, il lui demanda son nom et sa patrie.

Christophe lui répondit : « Avant mon baptême, je  m’appelais Réprouvé, mais aujourd'hui je me nomme Christophe. »

Le roi lui dit : « Tu t'es donné un sot nom, en prenant celui du Christ crucifié, qui ne s'est fait aucun bien, et qui ne pourra t'en faire.

Maintenant donc, méchant Chananéen, pourquoi ne sacrifies-tu pas à nos dieux ? »

Christophe lui dit : « C'est à bon droit que tu t'appelles Dagnus, parce que tu es la mort du monde, l’associé du diable ; et tes dieux sont l’ouvrage de la main des hommes.

Le roi lui dit : « Tu as été élevé au. milieu des bêtes féroces ; tu ne peux donc proférer que paroles sauvages et choses inconnues des hommes.
Or, maintenant, si tu veux sacrifier, tu obtiendras de moi de grands honneurs, sinon, tu périras dans les supplices. »

Et comme le saint ne voulut pas sacrifier, Dagnus le fit mettre en prison ; quant aux soldats qui avaient été envoyés à Christophe, il les fit décapiter pour le nom de J.-C.

Ensuite il fit renfermer avec Christophe dans la prison deux filles très belles, dont l’une s'appelait Nicée et l’autre Aquilinie, leur promettant de grandes récompenses, si elles induisaient Christophe à pécher avec elles.

À cette vue, Christophe se mit tout de suite en prière.

Mais comme ces filles le tourmentaient par leurs caresses et leurs embrassements, il se leva et leur, dit : « Que prétendez-vous et pour quel motif avez-vous été introduites ici ? ».

Alors elles furent effrayées de l’éclat de son visage et dirent : «Ayez pitié de nous, saint homme, afin que nous puissions croire au Dieu que vous prêchez. »

Le roi, informé de cela, se fit amener ces femmes et leur dit : « Vous avez donc aussi été séduites. Je jure par les dieux que si vous ne sacrifiez, vous périrez de malemort. »

Elles répondirent : « Si tu veux que nous sacrifiions, commande qu'on nettoie les places et que tout le monde s'assemble au temple. »

Quand cela fut fait, et qu'elles furent entrées dans le temple, elles dénouèrent leurs ceintures, les mirent au cou des idoles qu'elles firent tomber et qu'elles brisèrent ; puis elles dirent aux assistants : « Allez appeler des médecins pour guérir vos dieux. »

Alors par l’ordre du roi, Aquilinie est pendue ; puis on attacha à ses pieds une pierre énorme qui disloqua tous ses membres.

Quand elle eut rendu son âme au Seigneur, Nicée, sa sœur, fut jetée dans le feu ; mais comme elle en sortit saine et sauve, elle fut tout aussitôt après décapitée.

Après quoi sauve, est amené en présence du roi qui le fait fouetter avec des verges de fer ; un casque de fer rougi au feu est mis sur sa tête ; le roi fait préparer un banc en fer où il ordonne de lier Christophe et sous lequel il fait allumer du feu qu'on alimente avec de la poix.

Mais le banc fond comme la cire, et le saint reste sain et sauf.

Ensuite le roi le fait lier à un poteau et commande à quatre cents soldats de le percer de flèches : mais toutes les flèches restaient suspendues en l’air, et aucune ne put le toucher.

Or, le roi, pensant qu'il avait été tué par les archers, se mit à l’insulter ; tout à coup une flèche se détache de l’air, vient retourner sur le roi qu'elle frappe à l’œil, et qu'elle aveugle.

Christophe lui dit : « C'est demain que je dois consommer mon sacrifice ; tu feras donc, tyran, de la boue avec mon sang ; tu t'en frotteras l’œil et tu seras guéri. »

Par ordre du roi ou le mène au lieu où il devait être décapité ; et quand il eut fait sa prière, on lui trancha la tête.

Le roi prit un peu de son sang, et le mettant sur son œil, il dit :  « Au nom de Dieu et de saint Christophe. »

Et il fut guéri à l’instant.

Alors le roi crut, et porta un édit par lequel quiconque blasphémerait Dieu et saint Christophe serait aussitôt puni par le glaive.

— Saint Ambroise parle ainsi de ce martyr dans sa préface :  « Vous avez élevé, Seigneur, saint Christophe, à un tel degré de vertu, et vous avez, donné une telle grâce à sa parole, que par lui vous avez arraché à l'erreur de la gentilité pour les amener à la croyance chrétienne, quarante-huit mille hommes.

Nicée et Aquilinie qui depuis longtemps se livraient publiquement à la prostitution, il les porta, à prendre des habitudes de chasteté, et leur enseigna à recevoir la couronne.

Bien que lié sur un banc de fer, au milieu d'un bûcher ardent, il ne redouta pas d'être brûlé par ce feu, et pendant une journée entière, il ne put être percé par les flèches de toute une soldatesque.

Il y a plus, une de ces flèches crève l’œil d'un des bourreaux, et le sang du bienheureux martyr mêlé à la terre lui rend la vue et en enlevant l’aveuglement du corps, éclaire son esprit car il obtint sa grâce auprès de vous et il vous a prié avec supplication d'éloigner les maladies et les infirmités. »

Saint Christophe avait été pris comme patron par les débardeurs, les forts de la halle et par les arbalétriers. Il est le patron des mourants. La seule vue de son image suffit à empêcher dans la journée sans les sacrements de l'Église. Placée sur les hauteurs, sa statue écartait les orages et la grêle. En Touraine, on l'invoquait contre les maux de doigts. En d'autres lieux contre la rage aux dents.

Aujourd'hui il est le patron des automobilistes qu'il protège des accidents. Avant de partir les personnes pieuses disent cette invocations :
"Saint Christophe, préservez-nous de tout accident !".
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