Saint Caedmon († 680)

Saint Caedmon († 680)
frère laïc au monastère de Whitby 

Saint Caedmon, frère laïc au monastère de Whitby († 680)



Cædmon est un poète anglo-saxon de la deuxième moitié du VIIe siècle.

C'est le plus ancien poète anglais de langue vernaculaire dont le nom soit connu.

Son histoire n'est connue que par Bède le Vénérable, d'après qui Cædmon, simple serviteur à l'abbaye de Whitby, aurait découvert l'art de la composition dans un rêve d'inspiration divine.

Il serait ensuite devenu un moine zélé et un poète chrétien prolifique.

Cædmon fait partie des douze poètes anglo-saxons dont le nom est connu.
De son œuvre ne subsiste qu'un seul poème, l'Hymne de Cædmon, une louange de neuf vers adressée au Créateur. Il s'agit d'un des plus anciens poèmes connus en vieil anglais.



 Ce monument à la mémoire de Cædmon a été érigé dans le cimetière de l'église Sainte-Marie à Whitby en 1898

 

Biographie

Le récit de Bède

La première page du manuscrit de Saint-Pétersbourg, l'une des plus anciennes copies connues de l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable



L'unique source primaire concernant la vie et l'œuvre de Cædmon est l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable.

D'après Bède, Cædmon est un frère lai qui s'occupe des bêtes au monastère de Streonæshalch (l'abbaye de Whitby).

Un soir, alors que les moines font la fête en chantant et en jouant de la harpe, Cædmon se retire tôt pour aller dormir avec les animaux, car il ne connaît aucune chanson et ne sait pas comment en composer une.

Dans son sommeil, il rêve qu'un homme lui demande de chanter « le commencement des créatures ».

Après avoir refusé, il finit par composer un bref éloge en vers de Dieu, créateur de la terre et des cieux.

Le lendemain matin, lorsqu'il se réveille, Cædmon se souvient parfaitement de son poème.

Il y ajoute quelques vers supplémentaires avant d'en parler à son supérieur, qui le conduit devant l'abbesse.

Après avoir été interrogé par l'abbesse et ses conseillers, Cædmon est mis à l'épreuve : il doit composer un second poème à partir d'un passage de la Bible.

Il s'exécute le lendemain et se voit invité à prononcer ses vœux monastiques.

L'abbesse ordonne aux érudits du monastère d'enseigner à Cædmon la doctrine chrétienne et l'histoire de cette religion, dont il fait d'admirables poèmes.

Bède le crédite d'un grand nombre de poèmes en vieil anglais sur divers sujets religieux, et précise qu'il n'a jamais composé sur d'autres sujets.

Au terme d'une vie longue et pieuse, Cædmon est frappé d'une maladie qui lui laisse l'usage de la parole.

Ayant pressenti l'heure de sa mort, il demande à être amené dans l'hospice de l'abbaye, où il expire entouré de ses proches après avoir reçu l'eucharistie.

Il est qualifié de saint dans les Acta Sanctorum, avec une fête le 11 février, en accord avec le English Martyrologe de John Wilson, paru en 1640.

Néanmoins, Cædmon ne figure pas dans le calendrier des saints de l'abbaye de Whitby, un texte qui accorde pourtant une place importante aux saints de la région, ce qui tend à prouver qu'on ne lui a jamais rendu de culte.

Les historiens n'acceptent pas tous les détails de l'histoire de Bède, notamment l'inspiration divine de Cædmon, mais l'existence d'un poète portant ce nom n'est pas remise en doute.

Prise dans le contexte d'un monde chrétien où les miracles sont considérés comme une possibilité, cette histoire prouve que Bède considérait Cædmon comme un personnage important dans l'histoire religieuse et intellectuelle de l'Angleterre.


Dates

Le récit de Bède ne mentionne aucune date, mais il implique que Cædmon a vécu à Whitby au moins en partie à l'époque de la fondatrice du monastère, l'abbesse Hilda, soit entre 657 et 680.

L'Histoire ecclésiastique semble également impliquer que la mort de Cædmon s'est produite à la même époque que l'incendie de l'abbaye de Coldingham, un événement daté de 679 dans la Chronique anglo-saxonne, mais que Bède situe après 681.

Néanmoins, il est possible que le texte de Bède fasse allusion à la carrière de poète de Cædmon en général, et non à sa mort en particulier.

Quoi qu'il en soit, l'Histoire ecclésiastique se poursuit avec l'attaque menée par le roi Ecgfrith de Northumbrie en Irlande en 684.

Cædmon aurait donc composé ses poèmes dans une fourchette débutant entre 657 et 680 et s'achevant entre 679 et 684.


Les autres sources médiévales

Les ruines de l'abbaye de Whitby



On ne connaît pas d'autre récit de la vie de Cædmon.

En fait, la seule source anglaise antérieure au XIIe siècle qui le mentionne est une traduction en vieil anglais de l'Histoire ecclésiastique de Bède, réalisée au Xe siècle.

Cette traduction contient plusieurs détails qui ne figurent pas dans le texte latin original.

Elle mentionne notamment la « honte » ressentie par Cædmon avant sa vision, lorsqu'il se montre incapable de composer la moindre chanson, et suggère également que les poèmes qu'il compose par la suite ont été copiés par les scribes du monastère « de sa bouche ».

Ces différences sont typiques du travail du traducteur anonyme de Bède, et il n'est pas nécessaire de postuler l'existence d'une tradition anglaise distincte de celle de Bède pour les expliquer.

Une allusion possible à Cædmon figure dans deux textes en latin associés à Heliand, un poème en vieux saxon.

Ces textes, Præfatio (« Préface ») et Versus de Poeta (« Vers à propos du poète »), expliquent l'origine de cette traduction biblique dans un langage qui rappelle beaucoup le récit que fait Bède de la carrière de Cædmon, au point de lui être parfois identique.

D'après la Præfatio en prose, Heliand est l'œuvre d'un poète célèbre, réalisée à la demande de l'empereur Louis le Pieux.

Elle ajoute que ce poète ne savait pas versifier avant de se voir ordonner, dans un rêve, de traduire les préceptes sacrés en langue vernaculaire.

Les Versus de Poeta décrivent plus en détail le rêve et précisent que le poète était à l'origine un simple berger, qui a reçu l'inspiration d'une voix divine dans son sommeil.

Bien que ces textes ne soient connus que par l'édition de Flacius Illyricus, un érudit du XVIe siècle, ils sont généralement considérés comme d'origine médiévale.

Leur dette apparente envers l'histoire de Cædmon constitue un reflet de l'influence connue de la poésie biblique anglo-saxonne sur les premiers stades de développement des littératures germaniques sur le continent.


Découvertes modernes

L'unique élément que les chercheurs modernes ont pu ajouter au récit de Bède concerne le nom même de Cædmon et ses origines celtiques. Bède a beau préciser explicitement que l'anglais est la langue de Cædmon, son nom provient du proto-gallois *Cadṽan, lui-même dérivé du brittonique *Catumandos.

Cette étymologie implique peut-être que Cædmon était bilingue, d'autant que l'abbesse Hilda entretenait des relations étroites avec les élites politiques et religieuses du monde celtique.

L'existence d'analogues distants de l'hymne de Cædmon dans la poésie vieil-irlandaise constitue un autre argument en ce sens.

Mais le nom du poète pourrait également constituer une allusion onomastique à Adam Kadmon, « l'homme originel » d'après la Kabbale, auquel cas toute son histoire serait purement allégorique.


Sources et analogues

Contrairement à son habitude dans le reste de l'Histoire ecclésiastique, Bède ne cite pas ses sources pour l'histoire de Cædmon.

Cette absence de sources se retrouve néanmoins dans d'autres histoires liées à l'abbaye de Whitby.

Il est possible qu'il se soit appuyé sur une tradition préservée dans son propre monastère de Wearmouth-Jarrow.

C'est peut-être ce manque qui a incité de nombreux chercheurs, dès les années 1830, à chercher de possibles sources au récit de Bède, ou bien des récits analogues.

Des parallèles ont été dressés avec des histoires très diverses, provenant de la Bible et de la littérature antique, des récits des Aborigènes d'Australie, des Amérindiens et des Fidjiens, des comptes-rendus de la conversion des Xhosa en Afrique du Sud, des biographies des poètes romantiques anglais ou encore des traditions religieuses hindoue et musulmane.

Pour les premiers à s'être penchés sur le sujet, comme Francis Palgrave par exemple, l'objectif était de découvrir la source utilisée par Bède pour l'histoire de Cædmon, ou à défaut, de prouver sa nature générique afin de lui nier toute valeur historiographique.

En fin de compte, ces recherches ont permis de démontrer le caractère unique du récit de Bède : aucun des analogues identifiés ne lui correspond à plus de 50 % environ.


Œuvre

Un corpus perdu

D'après Bède, Cædmon est l'auteur d'un grand nombre de poèmes religieux en vieil anglais.

Contrairement à Aldhelm et Dunstan, il ne compose que des vers religieux.
Bède offre une liste de sujets abordés par Cædmon : des récits de la Création, des traductions de l'Ancien et du Nouveau Testament et des descriptions de l'Enfer, du Paradis et du Jugement dernier.

Il ne subsiste qu'un seul poème de ce corpus, le premier qu'il ait composé, traditionnellement appelé Hymne de Cædmon.

Les quatre poèmes qui figurent dans le manuscrit Junius, qui semblent correspondre à la description de l'œuvre de Cædmon par Bède, lui ont été attribués par le passé, au point que ce codex a également été appelé « manuscrit Cædmon ».

Cette attribution n'est plus considérée comme crédible aujourd'hui, car les poèmes du manuscrit Junius présentent d'importantes différences entre eux et avec l'Hymne.

Ni leur contenu, ni leur ordre ne permet de les relier à la description faite par Bède : les trois premiers suivent l'ordre biblique, et même si le dernier, Le Christ et Satan, reprend des thèmes mentionnés par Bède, la correspondance n'est pas suffisante pour établir un lien.

Il est même possible que cette description ne soit pas fondée sur l'œuvre de Cædmon, mais que Bède se soit contenté d'énumérer les sujets jugés appropriés pour un poète chrétien, ou bien relevant du catéchisme.

Des influences similaires ont pu présider à la compilation du manuscrit Junius.

 

L’Hymne de Cædmon

L’une des copies les plus anciennes de l’Hymne de Caedmon se trouve dans le "Moore Bede" (ca. 737), conservé à la Bibliothèque Universitaire de Cambridge (Kk. 5. 16, souvent dénommé M).



Ce poème est le seul de Cædmon à nous être parvenu (enregistrement audio).

On le trouve dans 21 manuscrits différents, ce qui en fait le deuxième poème vieil-anglais le mieux attesté après le Chant de mort de Bède le Vénérable (35 manuscrits).

Il en existe cinq versions distinctes, dans deux dialectes différents (northumbrien et saxon occidental).

Dans tous les cas, le poème apparaît dans des manuscrits de l’Histoire ecclésiastique, mais ce n’est sans doute pas ainsi que le poème a été transmis à ses débuts.

En effet, l'Histoire ecclésiastique, dont il subsiste environ 160 manuscrits, ne comporte à la base qu’une traduction latine du poème proposée par Bède.

Sauf dans la traduction vieil-anglaise de l’Histoire ecclésiastique, où le poème apparaît naturellement dans la même langue, on le trouve ainsi généralement sous forme de glose, ajouté parfois des décennies après que le texte latin ait été copié.

Pour cette raison, certains critiques pensent que le texte que nous connaissons n’est en fait qu’une retraduction de la version latine proposée par Bède, et pas le texte original.

Cette théorie n’est cependant pas acceptée par tous, car le texte ne présente aucune des maladresses qu’on pourrait attendre d’une double traduction.

Texte northumbrienPrononciation restituéeTraduction françaiseTexte latin de Bède
Nū scylun hergan
hefaenrīces Uard,
Metudæs maecti
end his mōdgidanc,
uerc Uuldurfadur,
suē hē uundra gihuaes,
ēci dryctin,
ōr āstelidæ.
Hē āērist scōp
aelda barnum
heben til hrōfe,
hāleg Scepen.
Thā middungeard
moncynnæs Uard,
ēci Dryctin,
æfter tīadæ
firum foldu,
Frēa allmectig.
[nuː ˈskʲylun ˈherjɑn
ˈhevænriːkʲæs wɑrd
ˈmetudæs ˈmæxti
end his ˈmoːdɣiðɔnk
werk ˈwuldurfɑdur
sweː heː ˈwundrɑ ɣiˈhwæs
ˈeːkʲi ˈdryxtin
or ɑːˈstelidæ
heː ˈæːrist skoːp
ˈældɑ ˈbɑrnum
ˈheven til ˈhroːve
ˈhɑːleɣ ˈskʲepːen
θɑː ˈmidːunɣæɑrd
ˈmɔnkʲynːæs wɑrd
ˈeːkʲi ˈdryxtin
ˈæfter ˈtiadæ
ˈfirum ˈfoldu
ˈfræːɑ ˈɑlːmextiɣ]
À présent nous devons honorer
le gardien du royaume des cieux,
la puissance du créateur
et son dessein,
l’œuvre du père de la gloire,
comme lui, le seigneur éternel,
a déterminé l’origine
de chacune des merveilles.
Lui, le saint créateur,
a créé en premier
le ciel pour servir de toit
aux enfants des hommes.
Puis le gardien de l’humanité,
le seigneur éternel,
le prince tout-puissant,
a ensuite attribué
la terre aux hommes,
ce monde.
Nunc laudare debemus
auctorem regni caelestis,
potentiam creatoris
et consilium illius,
facta Patris gloriae:
quomodo ille,
cum sit aeternus Deus,
omnium miraculorum
auctor exstitit;
qui primo
filiis hominum
caelum pro culmine tecti
dehinc terram
custos
humani generis
omnipotens
creavit.









 

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