Bienheureuse Françoise Mézière († 1794)

Bienheureuse Françoise Mézière († 1794)
martyre de Laval sous la Révolution française 

Bienheureuse Françoise Mézière, martyre de Laval sous la Révolution française († 1794)


Françoise Mézière naquit à Mézangers le 25 août 1745 et fut baptisée le jour même.

Son père, René Mézière, excellent chrétien, habitait dans la ferme de la Maulorière qui appartenait à l'abbaye bénédictine d'Evron.

Travailleur intelligent et consciencieux, René Mézière sut tirer profit de sa ferme.

Quand il la prit, elle rapportait 90 lires seulement à l'abbaye.

Il fera monter progressivement le revenu jusqu'à 330 lires.

Pour cela il fut très estimé du père économe de l'abbaye, lequel lui prouva sa reconnaissance, d'abord en reconstruisant la maison d'habitation de la Maulorière, puis en assistant au baptême de son neuvième fils.

A la cérémonie prit aussi part le curé de Mézangers, avec le curé et le vicaire de Hambers.

Françoise Mézière grandit au milieu des deuils.

A quatre ans, elle perdit sa mère, Françoise Rousseau.

Pour élever ses six enfants, René Mézière se remaria à la fin de 1749.

Sa seconde femme, Marie Heurtebise, lui donna à son tour trois enfants, puis mourut en 1754.

Quelques mois avant, ils avaient enterré la sœur aînée de Françoise.

René Mézière se remaria à nouveau en 1758.

En 1768, Françoise Mézière a 23 ans. Elle se sent attirée (peut-être l'était-elle depuis longtemps) vers l'apostolat.

C'était une période où se développait largement en Bas-Maine l'œuvre dite des “petites écoles”.

À Evron, en 1720, une de ces institutions existait, grâce à la générosité de l'abbé des Bénédictines et au zèle du curé local.

Elle était dirigée par les sœurs de la Chapelle-au-Ribaul.

Elles dirigeaient aussi un office de charité, organisé selon les méthodes de Saint Vincent de Paul, qui, dans les années 1768, 1769, 1770, les rendirent particulièrement actifs et prospères.

Françoise Mézière se préparera donc à sa double tâche de maîtresse d'école et de sœur de charité.

René Mézière avait épousé en troisièmes noces Marie Coutelle.

Marie Coutelle avait une cousine germaine, Marguerite Coutelle ; celle-ci s'occupait en la paroisse de Saint-Léger des fonctions auxquelles aspirait Françoise Mézière.

Elle y avait été appelée en 1752 par l'abbé Dioré, prêtre aussi généreux que zélé.

Ayant quelques économies, l'abbé Dioré s'était demandé en quelles œuvres paroissiales elles pouvaient être employées le plus utilement possible.

Après mûres réflexions, “voyant que les jeunes avaient envie de se faire instruire par le prêtre coopérant et connaissant par sa longue expérience l'utilité des petites écoles, spécialement pour les jeunes filles de la campagne”, l'abbé Dioré prit la résolution de fonder l'une de ces écoles avec ses économies.

Les jeunes filles pourraient ainsi inspirer et maintenir dans la famille les sentiments religieux reçus dans leur jeunesse, lorsqu'elles seraient devenues mère et maîtresse de maison.

Quand il lui fut possible d'effectuer sa proposition, il confia à mademoiselle Marguerite Coutelle la direction de la nouvelle école, la chargeant “d'apprendre à lire et à écrire gratuitement aux jeunes filles de la paroisse, de leur faire réciter tous les jours la prière et leur enseigner le catéchisme le mercredi et le samedi”.

L'abbé Dioré meurt en 1770.

C'est son cher ami et vicaire, l'abbé Joseph Gigant, cousin de Marguerite Coutelle et de Françoise Mézière, qui lui succède.

La demoiselle Coutelle, déjà âgée, sentit le besoin d'être aidée et bientôt remplacée. Naturellement, l'un et l'autre pensèrent à Françoise Mézière comme auxiliaire.

Françoise Mézière accepte : elle fera l'école en se conformant au règlement établi par le fondateur, l'abbé Dioré.

Elle visitera aussi les malades, et aussitôt ils remarqueront qu'elle était “capable de soigner toutes sortes de blessures”.

Elle s'occupera, en plus, de laver le linge de l'église et de préparer les autels.

De 1770 à 1789, Françoise Mézière vécut les années les plus tranquilles et les plus heureuses de son existence.

Durant ces 19 années, il y aura des jours de deuil, de tristesse, mais qui affecteront peu son état d'âme.

En 1772, elle perdra son amie Marguerite Coutelle et par conséquence deviendra la titulaire de l'école.

En 1776, notre vicaire de Saint-Léger, l'abbé Ripault, très estimé de tous dans la région d'Evron, est nommé curé de Gesvres.

Durant toute la Terreur jusqu'au Concordat, il exercera son ministère clandestin avec beaucoup de succès.

À sa place, les paroissiens de Saint-Léger voient arriver un jeune prêtre, l'abbé René Morin, lequel, sous un extérieur assez particulier, cache un jugement très lucide, un grand esprit d'initiative et surtout une âme vraiment surnaturelle.

Dans les provinces de l'Ouest, le clergé et les fidèles en ce temps-là nourrissaient une fervente dévotion au cœur de Jésus.

Les Vendéens et les Chouans mettront sur leur poitrine l'image du Sacré Cœur, de façon à ce que tous puissent la voir et ce sera leur signe de reconnaissance.

L'abbé René Morin est un apôtre de cette nouvelle dévotion.

L'année suivante, l'abbé Joseph Gigant, Àplein de rhumatismes”, donne sa démission de curé.

Son neveu, l'abbé Jacques Gigant, lui aussi cousin de Françoise Mézière, lui succède. Les sœurs de l'abbé Jacques seront très amies par la suite.

Pour notre servante de Dieu, dès 1789, commence une période d'inquiétudes angoissantes, puis de persécutions cruelles.

Heureusement, la cure de Saint-Léger abrite des prêtres de saine culture, en lesquels elle reporte toute sa confiance.

Déjà, depuis le temps de la parution des “cahiers de doléances” du clergé, l'abbé Gigant et l'abbé Morin donnèrent la preuve de leur sagacité et de leur clairvoyance.

La prise de la Bastille et les premiers troubles dans les campagnes leur causèrent bien des préoccupations et des chagrins.

Françoise Mézière partageait naturellement leurs points de vue et leurs craintes.

D'ailleurs, la loi qui mettait les propriétés ecclésiastiques "à disposition de la nation", la concernait directement. En effet, les petites propriétés desquelles elle retirait ses revenus figuraient dans la liste des biens nationaux.

Ensuite arrive la constitution civile du clergé, avec son fatal serment, mais ni le curé ni le vicaire de Saint-Léger n'en tiendront compte.

Et voici que le 14 avril 1791 l'obligation du serment est étendu aux maîtres et maîtresses d'école.

S'ils s'y refusaient, l'interdiction d'enseigner leur était signifiée, et par conséquence la perte de leur traitement.

De telle façon, refuser était se condamner à l'indigence. Françoise Mézière n'hésite pas un instant : elle suivra l'exemple donné par son curé et son vicaire.

Elle pourra conserver, au moins, ses occupations d'infirmière et de garde-malade.

Vers la fin de juillet 1791, l'abbé Gigant et l'abbé Morin sont informés qu'un curé assermenté a été nommé pour Saint-Léger, et qu'ils seront contraints de laisser l'église et la cure.

Cependant la municipalité ne veut à aucun prix permettre qu'un intrus se substitue à nos bons prêtres.

Elle le fait savoir à Bouvet, le procureur commissaire du district. Bouvet répond que la loi doit être observée et que Heurtebise, le nouveau pasteur, appelé par la voix du peuple, donc la voix de Dieu, se rendra sans délai dans la paroisse.

La municipalité n'attend pas longtemps pour répondre que le corps électoral n'est pas la voix du peuple et encore moins la voix de Dieu.

Le procureur commissaire toutefois fait savoir que l'abbé Gigant et l'abbé Morin doivent abandonner immédiatement la cure et la paroisse et que le curé constitutionnel arrivera le 28 août.

En effet, Heurtebise se présente le 28 août, mais la municipalité ne le reçoit pas et il se trouve devant une foule indignée et hostile. Alors il rebrousse chemin.

Le dimanche suivant 4 septembre, il réapparaît, cette fois entouré de 50 gardes nationaux, et prend possession officiellement de l'église et de la cure.

Il fait garder la cure par un officier avec 12 soldats afin de la protéger contre les malintentionnés au cas où il y en aurait.

Nous pouvons imaginer l'angoisse de la pauvre institutrice restée sans ses conseillers, sans son directeur spirituel, et témoin de scènes semblables.

Tout de suite se vérifièrent deux incidents. Un dimanche, le vieux sacristain se moque publiquement de l'intrus : il est arrêté et conduit en prison.

Quelques semaines plus tard, un fermier appelé Le Villain, se présente au curé constitutionnel, qui tient les registres d'état civil pour lui demander d'inscrire son fils né le 14 octobre.

Le curé n'accepte qu'à condition de baptiser d'abord l'enfant.

Le fermier refuse et s'en va. L'intrus, dans le but d'insister, lui envoie des ouvriers qui travaillaient pour lui.

Le fermier lui répond "qu'il sait bien comment se comporter".

Alors, il est dénoncé et confié au tribunal de Sainte Suzanne qui, le 19 octobre, le condamne à la prison.

Cette fois la patience des catholiques est à bout.

Le soir même, de nombreux coups de fusil viennent éclater sous les fenêtres de la cure.

Le matin suivant, l'intrus, tremblant de peur, fuit à Evron avec ses treize gardiens.

L'abbé Gigant et son vicaire retournent dans la paroisse au mois de novembre 1791 et y célèbrent publiquement la fonction religieuse jusqu'au samedi saint de 1792.

Au milieu de tant de tribulations, ce fut une fugace embellie de joie, malheureusement trop tempérée par des préoccupations d'un avenir qui s'annonçait à l'avance encore plus obscur que le présent.

De toutes part autour d'Evron, à Saint-Léger comme en les communes environnantes, avec grande prudence, on prépare des cachettes dans lesquelles les prêtres persécutés pourront se réfugier.

D'ailleurs, la région s'y prête à merveille. L'hiver passe en ces préparatifs. 

Et voici le printemps de 1792.

Le 26 mars, à proximité de Pâques, un décret du directoire de la Mayenne prescrit aux prêtres des paroisses qui ont été pourvues d'un curé assermenté de se rendre sans délai à Laval pour y être internés.

Par une telle mesure sont frappés aussi le curé et le vicaire de Saint-Léger, quoique l'intrus ait été obligé de fuir.
Mais ceux-ci ne se préoccupent nullement d'exécuter ce qui leur est imposé.

Le lundi saint 2 avril, une grande manifestation est organisée à Evron pour que les bons prêtres ne soient pas écartés de leurs paroisses.
Cette manifestation eut un résultat très malheureux. Saint-Léger fut l'une des paroisses avec le plus grand nombre de manifestants.
Rester ainsi à Saint-Léger devenait trop difficile pour l'abbé Gigant et l'abbé Morin à cause des représailles possibles, dont pourraient souffrir leurs meilleurs paroissiens.
Aussi, le jeudi saint, ils partirent pour Laval.
De là, du reste, les occasions ne manqueraient pas pour faire parvenir ordres et paroles de réconfort aux catholiques les plus fervents, et en premier lieu à leur zélée sœur de la charité.
Les réconforts religieux les plus urgents furent assurés grâce aux prêtres déjà cachés dans la paroisse ou en ses environs.
C'est alors que commence le travail "d'agent de liaison" parmi les malades que la Bienheureuse visite, et les prêtres cachés.
On avait préparé pour eux des refuges à Fay, à Guivain, à Malabry, à Bas-Taillis. Il y en avait d'autres à la limite des paroisses, par exemple à Millière.
Au mois de juillet, Françoise Mézière est sollicitée à prêter serment de liberté-égalité ou à abandonner pour toujours la maison de l'école qu'elle habite encore.
Elle va en pension à la ferme de la Baillée.
Il lui sera ainsi plus facile de se soustraire aux regards indiscrets : sa tâche réclame beaucoup de perspicacité et de prudence.
A la fin d'août, elle apprend le départ pour Jersey de l'abbé Gigant et l'abbé Morin, mais une nouvelle encore plus joyeuse lui parvient : l'abbé Morin est de retour.
S'est-il vraiment embarqué pour Jersey ? Non, dans le centre-ville de Laval, 1 rue Renaise, il a déjà trouvé une cachette chez les demoiselles Ducléré.
Alors, entre la courageuse sœur de charité et son directeur spirituel s'établit une correspondance, dont il reste des traces.
Quand, le 19 janvier 1793, on perquisitionne au domicile des demoiselles Ducléré pour y chercher l'abbé Morin, lequel put fuir à temps, les policiers mirent la main sur "quelques morceaux de papier, lesquels, selon le rapport des policiers, semblent contenir un poison aristocratique et fournir les nouvelles au sujet du dit prêtre".
Maintenant, l'un de ces documents datant du 26 septembre, écrit avec des abréviations et une orthographie conventionnelle, dit :
"La demoiselle Mézière m'a envoyé quelques lignes. Elle me dit qu'elle est inquiète, qu'elle n'a plus d'appointements pour payer sa pension et le cidre qu'elle a pris à l'auberge, qu'elle doit tout payer et qu'elle n'a plus d'argent... Je suis allé me recommander à l'abbé Coinon afin qu'il me fasse le plaisir de m'avancer la demi-pension fixée, pour la fête de la Toussaint, devant confier à mademoiselle Mézière de quoi payer sa pension et le cidre qu 'elle a pris à l'auberge. Elle a reçu toute la demi-pension, j'ai donné mon reçu ". Et il ajoute : "Mademoiselle Mézière m'a remis le reçu. Elle a reçu 118 sous que je lui ai donnés". Ainsi le généreux prêtre Morin pourvoira aux besoins de l'héroïque soeur de la charité de Saint-Léger.
L'entière année de 1793 se passe pour Françoise Mézière au service d'un zèle et d'une charité pleins de dangers, mais riches de mérites.
Vers la fin de décembre, les épaves misérables de la grande armée de Vendée, refluent du Mans vers Laval. Les colonnes républicaines les poursuivent implacablement, et la route est encombrée de cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants. Beaucoup s'éloignent des routes principales et cherchent à trouver refuge dans les bois.
Aux alentours de Livet, durant la seconde moitié de janvier, on signale à Françoise Mézière la présence de pauvres soldats errants et affamés.
La courageuse chrétienne en accueille sept dans une première cabane et deux autres dans une seconde.
L'un de ces derniers était blessé ; elle soigne les plaies du blessé et donne à manger à tous.
Mais les deux pauvres bougres du second refuge sont découverts et transportés à Evron le 2 février.
À son tour, Françoise Mézière est arrêtée à la Baillée, dans la nuit du 4 au 5 février, et conduite à Evron.
Vers 10 heures, dans une charrette entourée de gardes à cheval, les trois prisonniers partent pour Laval.
Simultanément, le procureur commissaire Bouvet fait parvenir à l'accusateur public le rapport suivant :
 “La garde nationale d'Evron a arrêté deux brigands de Vendée réfugiés dans les bois de Livet. Le jour suivant, je les ai fait comparaître devant le directoire pour leur poser quelques questions. Ces deux scélérats ont déclaré que la nommée Mézière, espèce de sœur de charité de la commune de Saint-Léger, venait les visiter dans le lieu où ils s'étaient réfugiés, qu'elle leur portait leurs moyens de subsistance et qu'elle les avait soignés d'une blessure reçue durant la route vers Le Mans. Un de ces monstres a ajouté que la jeune Mézière avait dit connaître aussi la cabane dans laquelle étaient cachés leurs sept autres compagnons. Après de telles déclarations, j'ai remis au commandant de la gendarmerie nationale de cette ville un réquisitoire pour faire arrêter la dite sœur Mézière, ce qui a été fait cette nuit-là. Ce matin-là, je l'ai fait comparaître devant les deux brigands, lesquels ont persisté dans leur déclaration qu'ils m'avaient faite le jour précédent. Je t'envoie ces trois individus pour que tu puisses en faire le procès et demander pour eux la juste punition de leurs méfaits”.
Ce document exige quelques observations. Il est possible en effet que Bouvet ait arraché aux Vendéens déprimés, errants depuis plusieurs mois, le nom de leur bienfaitrice. Mais leur était-il vraiment nécessaire, cet acte d'ingratitude ? Sachant que les deux malheureux avaient été arrêtés dans le bois de Livet, c'est à dire à la limite de Saint-Léger, voyant que les blessures de l'un d'eux avaient été soignées par une personne habituée à guérir les plaies, ne pouvait-il pas penser que cette charitable infirmière était certainement Françoise Mézière ?
En effet Bouvet était bien informé sur Saint-Léger. Rappelons-nous la lettre qu'il avait échangée avec la municipalité lors de la prise de possession de cette paroisse par un intrus, et l'échec subi. Du reste, Bouvet était notaire.
A l'époque, la fondation de l'école de Saint-Léger avait été réalisée dans son propre cabinet. Probablement avait-il aussi vendu lui-même, comme biens nationaux, les petites propriétés desquelles provenaient les ressources de la sœur de Saint-Léger.
Enfin, le 14 avril 1793, Bouvet avait encore fait arrêter à Evron un séminariste, précisément dans la maison de la tante de Françoise Mézière, madame Pierrette Mézière.
Françoise Mézière comparaîtra à Laval devant le tribunal, lequel, 15 jours avant, avait envoyé à la guillotine les 14 prêtres de la “Patience”. La sœur ne doute pas un instant du sort qui l'attend.
Nous ne possédons pas son interrogatoire : les demandes qui lui furent adressées et les réponses qu'elle donna furent recueillies dans trois registres qu'on fit disparaître mystérieusement aussitôt après le 9 thermidor. Cependant, nous avons le texte du jugement qui condamne à mort sœur Françoise avec quatre autres personnes.
Voici en ce qui concerne Françoise Mézière :
“Françoise Mézière, sœur de la charité de la commune de Saint-Léger, district d'Evron, arrêtée et accusée d'avoir nourri pendant neuf jours deux brigands réfugiés dans une cabane ; d'avoir soigné religieusement les blessures de l'un d'eux et de lui avoir apporté tous les secours dont elle était capable, secours qu'elle avait refusé à d'intrépides volontaires ; de ne pas vouloir révéler en outre une autre cabane en laquelle, comme tout semble l'affirmer, sont cachés sept autres brigands ; d'avoir observé le plus grand silence à ce sujet envers la municipalité ; d'avoir refusé de prêter serment de fidélité aux lois de la patrie ; d'avoir des milliers de fois, comme une autre vipère de l'espèce sacerdotale, vomi outrageusement des invectives contre le système républicain...”
Examinons ces différents chefs d'accusation : on reproche à la servante de Dieu :
de ne pas avoir avisé la municipalité au sujet de la présence des soldats vendéens dans le bois de Livet. Avertir la municipalité aurait été la même chose qu'envoyer à la mort les hommes qu'elle considérait comme de bons chrétiens, puisqu'ils avaient pris les armes seulement pour la défense de leur propre foi.
  • d'avoir refusé son secours à d'intrépides volontaires. Pure calomnie. Si le fait eut été vrai, ils nous auraient donné les noms de ces volontaires et les auraient appelé à témoigner; ils auraient dû nous dire où et quand ce fait arriva.
  • d'avoir “comme une autre vipère de la race sacerdotale” vomi mille injures contre le système républicain. De cette façon, elle est accusée d'avoir parlé comme le faisait les bons prêtres d'alors. N'était-ce pas là son devoir ? N'avait-elle pas raison, par exemple, de conseiller aux paroissiens de Saint-Léger de ne pas assister aux fonctions de l'intrus, de ne pas lui présenter leurs enfants à baptiser ? N'avait-elle pas le droit de se plaindre que les prêtres fidèles à Dieu et aux évêques légitimes étaient tenus éloignés de leur paroisse ?
  • d'avoir refusé le serment. Oui, elle avait refusé le serment de 1791, et c'est pour cette raison qu'elle avait été privée de ses ressources et chassée de sa demeure. Après cela elle n'était plus “fonctionnaire”. Pourquoi voulaient-ils d'elle un serment auquel elle n'était plus légalement tenue ? Sans doute parce qu'à leurs yeux ce serment équivaudrait à un acte d'apostasie.
  • d'avoir nourri et caché deux Vendéens et d'avoir “soigné religieusement” la blessure de l'un d'eux. Ainsi elle est condamnée pour un acte d'humanité, qu'elle a accompli “religieusement”, c'est à dire : ils la condamnent pour son amour de Dieu.
Ne reste donc en définitive qu'à l'envoyer à la mort en haine à Dieu. Du reste, dans ces expressions “soigné religieusement”, “vipère de la race sacerdotale”, combien on perçoit la haine de Dieu !
Pour cette raison, Françoise Mézière ne dissimula pas sa joie en écoutant la sentence capitale. Elle fit une révérence à ses juges et les remercia de lui procurer le bonheur d'aller voir Dieu au ciel. À cela, un des misérables juges répliqua par cet ignoble blasphème : “Puisque tu vas voir ton bon Dieu, présente lui mes félicitations !”
C'est avec une telle dignité que meurent les vrais martyrs.
Mgr E. Cesbron, “Les Martrs de Laval”
SOURCE :












Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire