Saint Théodose Ier († 395)

Saint Théodose Ier († 395)
Empereur romain d'Orient et d'Occident


Saint Théodose Ier, Empereur romain d'Orient et d'Occident († 395)



Théodose Ier, en latin Flavius Theodosius, Augustus, aussi nommé Théodose le Grand, né en 347 et mort le 17 janvier 395, est empereur romain de 379 à 395, fêté le 17 janvier en tant que saint des Églises chrétiennes.

Il est le fils de Théodose l'Ancien.

Il est le dernier empereur à régner sur l'Empire romain unifié.

 

Jeunesse

Les sources

Les sources antiques sur le règne de Théodose sont assez nombreuses et variées mais se contredisent fréquemment.

C'est pourquoi le personnage possède une image ambiguë.

Aujourd'hui encore les historiens cernent mal cet empereur, qualifié de « Grand » mais aussi accusé de fanatisme religieux, d'indécision et de mollesse.

Il faut cependant juger ce règne à l'aune de la période dramatique que vit l'empire, invasion des Goths, crise religieuse avec la fin du paganisme, et rester prudent et mesuré dans la présentation de son bilan.

Dans les sources primaires nous disposons tout d'abord du code théodosien, recueil de lois publié en 438 sous le règne de son petit-fils Théodose II.

Il faut ajouter les Constitutions sirmondiennes.

Certaines lois se retrouvent dans le code Justinien, du VIe siècle.

Ces recueils permettent de connaître une part non négligeable de l’œuvre législative de Théodose, sans toutefois que celle-ci s'y retrouve dans son intégralité.

Nous disposons aussi de plusieurs discours prononcés devant Théodose par des rhéteurs païens, en particulier ceux de Pacatus à Rome et de Thémistios à Constantinople.

Ces discours contiennent chacun un éloge de l'empereur à qui ils s'adressent, indépendamment des attentes de leurs auteurs.

À la même période, le sénateur de Rome, mais aussi rhéteur, Symmaque est l'auteur d'une vaste correspondance adressée à un nombre élevé de personnalités proches de Théodose.

Enfin Libanios, sans doute le rhéteur le plus célèbre de l'époque, est l'auteur de plusieurs discours adressés directement à Théodose et, comme Symmaque, d'une importante correspondance avec les principaux notables du règne.

Les principales figures religieuses de l'époque sont aussi une source de renseignements précieux en particulier leur correspondance.

Ainsi celle d'Ambroise de Milan, qui a des relations étroites avec les divers empereurs de cette fin du IVe siècle, et qui est une source importante non seulement sur le règne de Théodose mais aussi sur l'ensemble des événements de la période.

Ambroise de plus est l'auteur de l'oraison funèbre de Théodose.

Quant à Jean Chrysostome, nous lui devons les Homélies sur les statues, allusion à la révolte de 387 à Antioche et une autre homélie lors d'un anniversaire de la mort de Théodose quelques années plus tard.

 

Une famille aristocratique espagnole

Théodose Ier est probablement né le 11 janvier 347 à Cauca, aujourd'hui Coca, une petite ville dans le Nord-Ouest de la province romaine de Gallaecia, à proximité de l'actuelle Ségovie.

Son père, qui s'appelle aussi Flavius Theodose, est un militaire victorieux de Valentinien Ier, et possède de grandes propriétés dans cette région. Pour une raison incertaine il est exécuté à Carthage au début de l'année 376 probablement sur ordre de Valens.

Ses grands-parents paternels, Honorius et Thermantia, étaient déjà des chrétiens nicéens, tout comme son père et lui-même.

Théodose avait aussi un frère, Honorius, dont il adopta plus tard la fille Serena et qui devait avoir une grande influence par son mariage avec le magister militumStilicon.

Le jeune Théodose passa son enfance dans son Espagne natale.

On ne connaît presque rien de son éducation, à l'exception de l'intérêt qu'il montre pour les études d'histoire et aussi du fait qu'il devait être très ouvert.

En raison de sa haute naissance, il reçoit probablement une bonne éducation.

 

Une carrière militaire

À partir de 368, il fait partie de l'escorte de son père. Il entame une carrière militaire et il prend part avec lui aux campagnes en Bretagne en 368/369, à la campagne contre les Alamansen 370 au niveau du Rhin (son père exerce à partir de ce moment-là la fonction de magister equitum praesentalis et fut donc commandeur de la cavalerie de l'armée) et contre les Sarmates en 372/373 au niveau du Danube.

Probablement grâce à l'influence de son père, Théodose est promu dux moesiae prima, et reçoit le commandement d'une province militaire dans les Balkans.

Ce type de nomination était à cette époque courant et le jeune Théodose semblait être totalement à la hauteur de la tâche.

En 373, son père fut finalement envoyé en Afrique pour mater la rébellion de l'usurpateur Firmus, pendant que son fils battait en 374 les Sarmates en Pannonie (près de l'actuelle Hongrie), après que ces derniers eurent franchi le Danube.

Ainsi, il prouva sa valeur militaire. L'exécution de son père, pour des raisons confuses, entraîne sa disgrâce provisoire entre 375/6 et 378.

 

Empereur

La mort de l'empereur Valens à la bataille d'Andrinople (378) obligea Gratien à proclamer Théodose empereur en 379 : il reçut l’Orient, la Macédoine et la Dacie.

 

Une politique de stabilisation des frontières

Théodose se fixe pour objectif de stabiliser les frontières, d'abord celle du Nord avec les Goths puis celle de l'Est avec les Perses.

 

Une fixation des frontières au Nord

En 380, avec Gratien, il arrêta les Goths en Épire et en Dalmatie. Théodose installa une partie des Ostrogoths en Pannonie, et s’installa lui-même à Constantinople.

Théodose avait enrôlé dans l’armée romaine des contingents de barbares en leur laissant une organisation autonome. Ces fédérés préparèrent l’occupation de l’Empire par les barbares.

En 382, il installa les Wisigoths en Mésie. Cette décision, considérée par les contemporains comme catastrophique, sera l'une des causes les plus immédiates de la fin de l'empire romain d'occident.

En effet, cette insertion d'un peuple barbare uni et fort dans l'empire, et du même coup dans l'armée impériale, signera la fin d'un contrôle réel de l'empereur sur ses armées.

Mais après le désastre d'Andrinople sous l'empereur Valens il est vraisemblable que Théodose n'ait guère eu le choix.

 

Une politique intérieure forte

Saint-Ambroise interdisant l'entrée de l'église de Milan à l'empereur Théodose, coupable du meurtre des habitants de Thessalonique en 390.
Tableau de Jules Lenepveu - église Saint-Ambroise de Paris

 

Le triomphe du christianisme nicéen

En 380, il publia l’édit (dit édit de Thessalonique) suivant : « Tous les peuples doivent se rallier à la foi transmise aux Romains par l’apôtre Pierre, celle que reconnaissent Damase et Pierre d'Alexandrie, c’est-à-dire la Sainte Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Le christianisme nicéen devenait la religion prédominante. Il condamna l’arianisme lors du second concile œcuménique de Constantinople en 381.

La répression fit sept mille à dix mille morts, selon les sources, ce qui valut à Théodose d’être excommunié par l’évêque Ambroise de Milan.

Les victimes des massacres furent ici majoritairement des Romains et les massacreurs d’anciens barbares, populations au sein desquelles l’armée recrutait.

Pendant plusieurs mois, Théodose et Ambroise campèrent sur leurs positions respectives.

Puis Théodose, sentant que la sienne devenait intenable, accepta de venir s’humilier publiquement devant Ambroise la tête couverte de cendres pour obtenir sa réintégration dans l’Église.

C'est l’une des rares victoires de celle-ci sur le pouvoir temporel.

Les empereurs Théodose, pour l’Empire d'Orient et Gratien, pour l’Empire d'Occident, tous deux chrétiens, élèvent le christianisme nicéen au rang de seule religion officielle et obligatoire par l’Édit du 28 février 380, dit l'édit de Thessalonique.

L’empereur Gratien cesse alors de porter le titre depontifex maximus (souverain pontife) du culte romain.

Ce titre est donné de nouveau à l’évêque de Rome des siècles plus tard. Les temples de l'empire de Théodose sont alors fermés et la statue de la déesse Victoire est retirée du Sénat romain, ce qui provoque l'indignation chez les Romains fidèles à la tradition (Cf. le discours de Symmaque à ce propos).

Le patriarche d’Alexandrie Théophile est chargé d’appliquer l’édit de Théodose Ier, qui interdit aux païens l’accès à leurs temples et toutes les cérémonies du culte païen, dans le diocèse d’Orient.

Les temples sont détruits ou transformés en églises. Les statues sont brisées ou transportées à Constantinople.

Le Serapeum de Memphis est détruit sur ordre de l'empereur lui-même, tandis que le temple d'Isis le sera plus tard, au cours des disputes meurtrières qui opposèrent les partisans de Cyrille et d'Oreste.

Les suites de l'Édit sont catastrophiques pour les tenants de l'ancienne religion romaine et pour la culture gréco-romaine.

Les rôles sont drastiquement renversés : ce sont maintenant les « païens » et leurs œuvres qui sont interdits, traqués, exterminés.

Toutes les œuvres et manifestations jugées païennes sont progressivement interdites, et en 415, une émeute fomentée par des moines cénobites, à Alexandrie, et tacitement encouragée par l'évêque Cyrille, aboutit au lynchage d'Hypatie, mathématicienne et responsable de la Bibliothèque.

Selon Socrate le Scolastique, son corps mis en pièces est porté au sommet du Cinâron pour y être brûlé, tandis que les émeutiers se dirigent vers la Bibliothèque pour l'incendier (Thomas Molnar, dans son essai Moi, Symmaque, date cet événement de 391, à l'instar de ceux qui croient que ce fut Théodose Ier lui-même qui commanda cet incendie, ce qui est erroné). En 392, Théodose écrasa l’usurpation d’Eugène qui, bien que chrétien, favorisait l’ancienne religion romaine et avait annulé les mesures prises par Théodose.

 


Saint Ambroise convertissant Théodose, toile de Pierre Subleyras, 1745

Une réforme monétaire

Image illustrative de l'article Théodose Ier
Monnaie à l'effigie de Théodose Ier

 

Une relation ambiguë avec les co-empereurs

Entre 383 et 388, il dut faire face à l’usurpation de Magnus Clemens Maximus (Maxime), qui après avoir défait Gratien s’était emparé de toute la préfecture des Gaules et occupait Rome et l’Italie entière au détriment de Valentinien II.

Théodose vainquit Maxime qui fut tué à Aquilée, en 388.

De 388 à 391, Théodose demeura en Occident, presque toujours à Milan. En 390, voulant mettre fin aux mœurs qui avaient jusqu'alors prévalu dans le monde antique, et imposer la morale ascétique préconisée par les chrétiens les plus radicaux, il publia une loi qui punissait de mort les homosexuels, et fit réprimer dans le sang par les troupes barbares une émeute à Thessalonique.

Entre 392 et 394, il réprima l’usurpation d’Eugène, un fonctionnaire proclamé empereur après la mort de Valentinien II.

En 394, il fut l’auteur du décret interdisant les Jeux olympiques accusés de diffuser le paganisme (les jeux ne seront rétablis que 1502 ans plus tard en Grèce).

 

Un héritage difficile

Il mourut peu après, le 17 janvier 395.

À cette date, l’Empire était réunifié pour la première fois depuis trente ans, mais également pour la toute dernière fois.

De son premier mariage avec Aelia Flacilla, Théodose avait eu deux fils : Auguste Arcadius en 383, et Honorius en 393.

Il partagea entre eux l’Empire : Honorius (10 ans) reçut l’Occident et Arcadius (18 ans) l’Orient, et il chargea le Vandale Stilicon de veiller sur eux deux.












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