Saint Nunzio Sulprizio († 1836)

Saint Nunzio Sulprizio († 1836)
Orphelin

Saint Nunzio Sulprizio. Orphelin († 1836)


À 540 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur les flancs du mont Picca, se trouve la bourgade de Pescosansonesco (province de Pescara, non loin de l’Adriatique, Italie), qui s’étend sur plusieurs étages de cet éperon rocheux.
C’est là que les jeunes époux Domenico Sulprizio, cordonnier, et Rosa Luciani, fileuse, donnèrent naissance, le 13 avril 1817 ó un dimanche “in albis” ó à un petit garçon qui, le soir même, reçut au baptême le prénom de Nunzio.
Pendant des années, son nom ne sera connu que du registre des baptêmes de sa paroisse : inconnu des puissants, mais très connu et bien-aimé de Dieu.
Il avait trois ans, quand ses parents le présentèrent à l’évêque de Sulmona pour lui administrer le sacrement de Confirmation.
L’évêque, Mgr Francisco Tiberi, était en effet en visite pastorale dans le bourg voisin de Popoli.
Ce 16 mai 1820 fut l’unique date heureuse de l’enfance de Nunzio, car par la suite il ne vivra que dans la souffrance.

Orphelin et abandonné
Au mois d’août de cette même année 1820, le papa Domenico meurt à tout juste 26 ans.
Deux ans après environ, Rosa se remarie, entre autre pour trouver un certain soutien économique, mais le beau-père est dur et grossier avec le petit Nunzio.
Ce dernier s’accroche à sa mère et à sa grand-mère maternelle. Il commence à fréquenter l’école, une sorte de jardin d’enfant, ouvert par le prêtre, le père De Fabiis, dans le village de la nouvelle résidence, Corvara.
Pour Nunzio, ce sont là les moments les plus doux de sa vie : il apprend à connaître Jésus, le Fils de Dieu fait homme, mort en croix pour expier le péché du monde.
Il commence à prier, à imiter les exemples de Jésus et des Saints, que lui enseigne le bon curé, en même temps maître d’école.
Sociable et ouvert, l’enfant joue avec ses petits amis.
Il commence l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
Mais voici que sa maman meurt le 5 mars 1823 : Nunzio n’a que six ans, c’est sa grand-mère maternelle, Rosaria Luciani, qui le prend chez elle pour s’occuper de lui.
Il est encore analphabète, mais il a une foi et une bonté immenses.
La grand-mère et son petit-fils sont toujours ensemble : à la prière, à la Messe, dans les petits travaux de la maison.
L’enfant va à l’école fondée par le père Fantacci pour les enfants les plus pauvres, et c'est là qu'il grandit en sagesse et en vertus ; ce garçon est un cœur pur, qui met toute sa joie à servir la Messe, à rendre visite très souvent à JÈsus Eucharistie présent dans le tabernacle.
Il a une horreur toujours croissante du péché et un désir sans cesse grandissant de ressembler au Seigneur JÈsus.
Il a à peine neuf ans, que meurt à son tour la grand-mère, le 4 avril 1826.
Le voilà seul au monde et c’est pour lui le commencement d’un long “chemin de croix” qui le fera toujours plus ressembler à Jésus Crucifié.
Il est alors accueilli comme apprenti chez son oncle, Domenico Luciani, surnommé “Mingo”, lequel le retire de l’école et l’enferme littéralement dans sa boutique de maréchal-ferrant, en lui faisant faire les besognes les plus dures, sans tenir compte de son âge et des plus élémentaires nécessités de la vie.
Souvent il le maltraite, le privant même de nourriture quand il juge qu’il n’a pas fait ce qu’on lui a demandé.
Il l’envoie faire les livraisons, sans s’inquiéter le moins du monde des distances ni des marchandises à transporter, encore moins des rencontres bonnes ou mauvaises qu’il peut faire.
C’est une ruine vivante, sous le soleil, la neige, la pluie, toujours habillé de la même façon.
On ne lui épargne pas même les coups, assaisonnés de gros mots et de blasphèmes.
Nunzio pourrait rapidement succomber, mais sa foi est profonde.
Dans ce trou de boutique, frappant sur l’enclume, “fouetté” par un travail inhumain, il pense à son grand Ami, Jésus Crucifié : il prie et il offre, en union avec Lui, “en réparation des péchés du monde, pour faire la volonté de Dieu”, “pour gagner le Paradis”.
Le dimanche, même si personne ne l’y envoie, il va à la Messe, son unique repos de toute la semaine.
Bien vite il tombe malade.
Par une rigide matinée d’hiver, l’oncle Mingo l’envoie dans une cabane perdue sur les pentes de Rocca Tagliata, avec tout un chargement de ferraille sur le dos.
Le vent souffle, il fait très froid, il gèle : Nunzio n’en peut plus.
En chemin, les pieds le brûlent et il les plonge dans un petit lac gelé.
Le soir il rentre épuisé, une jambe enflée, avec une forte fièvre, la tête prête à exploser : il va au lit sans rien dire, mais le lendemain il ne tient pas debout.
Pour toute médecine, il reçoit de son oncle l’ordre de reprendre le travail, parce que “si tu ne travailles pas, tu ne manges pas”.
Certains jours, Nunzio est contraint de demander un bout de pain aux voisins. Il répond avec le sourire, la prière, le pardon : “C’est comme Dieu veut. Que la volonté de Dieu soit faite.”
Dès qu’il en a la possibilité, il se réfugie à l’église, pour prier devant le tabernacle : la joie, l’énergie et la lumière lui viennent de Jésus-Hostie, de sorte que ce jeune adolescent est déjà en mesure de donner des conseils très sages aux paysans qui les lui demandent.
Il souffre d’une horrible plaie à un pied, qui finira bien vite en gangrène.
L’oncle lui dit : “Si tu ne peux plus manier le marteau, tu resteras là à tirer le soufflet.”
Torture indicible. Sa plaie a besoin d’être sans cesse nettoyée et Nunzio se traîne jusqu’à la grande fontaine du village pour se laver ; mais les femmes du village, voulant laver leur linge et craignant qu’il infecte l’eau, le chassent comme un chien galeux.
Alors il va à Riparossa, où un petit ruisseau lui permet de se soigner, en même temps qu’il peut mettre à profit ce moment pour réciter beaucoup de chapelets à la Vierge Marie.

Wochinger, un second père
D’avril à juin 1831, il est hospitalisé à L’Aquila, mais les soins restent sans effet.
Cependant, ce sont pour Nunzio des semaines de repos pour lui-même, de charité fraternelle pour les autres malades, et de prière intense.
De retour à la maison, il est forcé par son oncle à demander l’aumône pour survivre.
Son commentaire : “C’est bien peu de chose que je souffre, pourvu que je réussisse à sauver mon âme en aimant le Bon Dieu”.
Dans cette nuit profonde, sa seule lumière est le Crucifix.
Enfin, un habitant de Pescosansonesco informe son oncle paternel, Francisco Sulprizio, militaire en garnison à Naples, lequel fait venir chez lui Nunzio et le présente au colonel Felice Wochinger, bien connu comme “père des pauvres”, à cause de sa vie riche de foi et de charité inépuisable.
Nous sommes en été 1832, et Nunzio a 15 ans ; Wochinger découvre devant lui, au sens propre du mot, un ange de douleur et d’amour pour le Christ, un petit martyr.
Entre eux deux va s’établir un vrai lien de père à fils.
Le 20 juin 1832, Nunzio entre à l’hôpital des Incurables, pour se faire soigner et guérir.
Le colonel pourvoit à tout ce qui lui est nécessaire.
Les médecins et les malades se rendent compte de se trouver devant un nouveau “Saint Louis de Gonzague”.
Un bon prêtre lui demande : “Tu souffres beaucoup ?” et il répond : “Oui, je fais la volonté de Dieu.” ó “Que veux-tu ?” ó “Je voudrais bien me confesser et recevoir Jésus dans l’Eucharistie pour la première fois” ó “Tu n’as pas encore fait la première Communion ?” ó “Non, chez nous, il faut attendre 15 ans.” ó “Et tes parents ?” ó “Ils sont morts.” ó “Et qui s’occupe de toi ?” ó “La divine Providence”.
Aussitôt, on l’aide à se préparer à la première Communion : pour Nunzio, c’est vraiment le plus beau jour de sa vie.
Son confesseur dira que “à partir de ce jour, la grâce divine commença à agir en lui de façon vraiment extraordinaire, à voir comment il courait de vertu en vertu.
Toute sa personne respirait l’amour de Dieu et de Jésus-Christ.”
Pendant près de deux ans, Nunzio fait des séjours à l’hôpital de Naples et aux cures thermales de Ischia, où l’on constate un peu d’amélioration passagère.
Il peut abandonner les béquilles et marcher avec une seule canne.
En fin de compte, il est plus serein : il prie beaucoup, soit au lit, soit à la chapelle devant le tabernacle, devant le Crucifix et devant le tableau de Notre Dame des Douleurs.
Il devient l’ange et l’apôtre des autres malades, il enseigne le catéchisme aux enfants hospitalisés, pour les préparer à la première Confession et Communion et les aider à vivre plus intensément en bons chrétiens, à supporter positivement la souffrance.
Ceux qui l’approchent voient en lui cette attirance pour la sainteté.
Il a coutume de faire aux malades cette recommandation : “Soyez toujours avec le Seigneur, parce que tout bien vient de Lui. Souffrez par amour de Dieu, et restez joyeux”.
Son invocation préférée est pour la Sainte Vierge : “O Marie, ma Mère, aide-moi à faire la volonté de Dieu”.
Ayant reçu tous les soins possibles pour recouvrer la santé, Nunzio vit dans l’appartement du colonel Wochinger à partir du 11 avril 1834, au “Maschio Angioino”.
Son second “père” admire ses vertus et prend grand soin de lui, qui le lui rend avec une profonde reconnaissance.
Il pense à se consacrer et, en attendant, demande à son confesseur d’approuver son règlement de vie quotidienne, une véritable règle de consacré, qu’il observe scrupuleusement : la matin, prière, méditation et Messe ; durant la journée, étude avec de bons professeurs ; chapelet marial pour finir la journée.
Il sème la paix et la joie autour de lui, un véritable parfum de sainteté émane de lui.
Le fondateur de la Congrégation des Sacrés Cœurs, Gaetano Errico1 , lui promet de l’accueillir dans sa Famille religieuse dès qu’elle sera approuvée : “Ce garçon est un jeune Saint, et je voudrais que le premier à entrer dans ma Congrégation soit un Saint, même malade”.
Souvent il reçoit la visite d’un certain frère Filippo, de l’Ordre des Alcantarini2 , qui lui tient compagnie et l’aide à se déplacer jusqu’à la chapelle Sainte Barbe, à l’intérieur du château.
Nunzio arrivera à rester debout tout seul, mais à cette brève amélioration suivra une forte aggravation ; c’est le cancer aux os, et il n’y a rien à faire.
Nunzio devient une victime vivante unie au Crucifié, tout agréable à Dieu.

La joie : un don de Jésus Crucifié
Le colonel est intimement lié à Nunzio : dès le premier jour il l’a appelé “Mon fils” ou “Mon enfant”, ce que Nunzio lui rendait en l’appelant “Mon papa”.
Mais maintenant il réalise que malheureusement l’heure de la séparation approche, une tristesse que peut consoler seulement la foi en la certitude de l’ “au revoir en Paradis”.
En mars 1836, la situation de Nunzio s’aggrave.
La fièvre est très forte, le cœur n’y arrive plus, les souffrances sont extrêmes.
Il prie et il offre, pour l’Eglise, pour les prêtres, pour la conversion des pécheurs.
Ceux qui viennent le voir recueillent ses paroles : “Jésus a tant souffert pour nous, et grâce à ses mérites c’est la vie éternelle qui nous attend. Si nous souffrons un peu, nous jouirons dans le Paradis.” “Jésus a beaucoup souffert pour moi : pourquoi ne puis-je pas souffrir pour Lui ?” “Je voudrais mourir pour convertir ne serait-ce qu’un seul pécheur.”
Le 5 mai 1836, Nunzio se fait apporter le Crucifix et appelle le confesseur.
Il reçoit les Sacrements comme un Saint.
Il console son bienfaiteur : “Soyez heureux, du Ciel je vous assisterai toujours.”
Dans la soirée, plein de joie, il dit : “La Sainte Vierge, la Sainte Vierge, regardez comme elle est belle !”.

Saint Nunzio Sulprizio. Orphelin († 1836)

Il a à peine 19 ans et il va voir Dieu pour toujours.
Autour de lui se répand un parfum de roses.
Son corps, défait par la maladie, devient singulièrement beau et frais, on l’expose pendant cinq jours.
Tout de suite on vient en pèlerinage à son tombeau.
Dès le 9 juillet 1859, le pape Pie IX reconnaît l’héroïcité de ses vertus et le proclame Vénérable.
Le 1. décembre 1963, devant tous les évêques du monde réunis au Concile Vatican II, le pape Paul VI inscrit Nunzio Sulprizio au rang des Bienheureux, le proposant comme modèle des ouvriers, de tous les jeunes, même de ceux d’aujourd’hui.
Si Nunzio, en vivant uniquement dans la souffrance, a su donner un sens et de la beauté à sa jeunesse par son amour pour Jésus et son effort pour vivre en Lui, pourquoi, par la grâce divine, la grâce du divin Rédempteur, le plus grand Ami de l’homme, les jeunes de notre époque, si bouleversés par le dérèglement de tous les sens, par la drogue, par le désespoir, ne pourront-ils pas faire de leur vie un chef-d’œuvre d’amour et de sainteté ? Il faut croire et obéir au Christ crucifié et ressuscité, qui fait toutes choses nouvelles.
P. Bruno Kiefer
1 Saint Gaetano Errico (1791-1860), prêtre napolitain, fondateur - sur révélation divine - des Missionnaires des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie, béatifié en 2002, canonisé en 2008, fêté le 29 octobre.
2 Du nom de saint Pedro d’Alcántara (1499-1562), franciscain espagnol et grand mystique, réformateur de son ordre et un temps directeur de ste Thérèse d'Avila, fêté le 18 octobre, localement le 19 octobre.
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